Langue de bois et ethnographie

J’ai récemment eu l’occasion de penser à ce qu’on appelle la «langue de bois». D’ailleurs, cette expression me motive à écrire ce billet en français. Je sais pas exactement comment dire la même chose en anglais, même si le concept est évidemment connu des Anglophones.

Ce qui m’a poussé à penser à la «langue de bois», c’est cette entrevue, réalisée par Jesse Brown de la baladodiffusion Search Engine de Radio-Canada anglais (CBC) avec un porte-parole de Telus:

Search Engine | CBC Radio | Podcast #16 is up .

D’après moi, cette entrevue est assez représentative de la «langue de bois». Telus fait un geste intéressant, en permettant à un de ses représentants de parler «ouvertement» dans le cadre d’une baladodiffusion. Mais le contenu et le ton de cette entrevue révèlent ce qui est, selon moi, un problème fondamental de certaines entreprises en ce qui a trait aux «relations publiques». Plutôt que d’admettre qu’il y a une différence d’opinion entre Telus (ou Bell) et les utilisateurs de messagerie sur cellulaire, ce porte-parole utilise une rhétorique que je considère tortueuse pour convaincre les auditeurs (et l’intervieweur) du bien-fondé des actions de son entreprise.

C’est, selon moi, une stratégie peu appropriée au domaine actuel. Ça ressemble étrangement à la politique de l’autruche et ça n’aide en rien au rétablissement de liens de confiances entre Telus et le public.

Je suis rarement aussi direct, dans mes propos au sujet d’une stratégie. En fait, mes propos sont probablement plus «forts» que ce que je crois vraiment. Outre la frustration par rapport au coût prohibitif des messages entrants sur Bell Mobilité (qui m’a poussé à cesser d’utiliser un cellulaire de Bell), je n’ai que peu d’intérêt réel pour la question précise des rapports entre Telus et ses clients. Mais j’accorde davantage d’importance aux relations publiques, intéressé comme je suis en ce qui a trait à la recherche auprès des consommateurs (“consumer research”).

C’est que je suis en pleine réorientation professionnelle. J’ai récemment obtenu un contrat auprès de la firme Idea Couture de Toronto en tant qu’«ethnographe francophone autonome» (“French-speaking freelance ethnographer”). Pour ce contrat, je fais affaire avec Morgan Gerard qui, en plus d’être ethnographe, est aussi blogueur. J’intègre désormais certaines de mes activités de média social avec mon expertise en tant qu’ethnographe. Je souhaite d’ailleurs renforcer ce lien et éventuellement obtenir divers contrats en tant qu’ethnographe spécialisé en média social. Ce premier contrat d’ethnographe autonome n’est pas directement lié au média social et la principale méthode de recherche utilisée est basée sur des visites à domicile, auprès de familles québécoises diverses. J’aimerais effectuer d’autres recherches du même type dans le futur mais je vois aussi certaines extensions plus près du média social.

En préparation à ce travail contractuel, je me suis lancé dans la lecture de certains textes liés à l’utilisation de l’anthropologie et/ou de l’ethnographie dans le contexte des études de marché ou autres sphères d’activités du domaine privé. C’est un peu une façon pour moi de me «baigner» dans l’anthropologie et l’ethnographie appliquées, de réellement devenir ce type de chercheur, d’«assumer mon statut» d’ethnographe autonome.

Un livre qui m’a été conseillé, et que j’ai lu dernièrement, est Doing Anthropology in Consumer Research, de Sunderland et Denny. Je crois que l’aspect ethnolinguistique de cet ouvrage est ce qui a plu à John McCreery puisqu’il est, tout comme moi, actif dans l’étude ethnographique du langage. D’ailleurs, plusieurs dimensions de Doing Anthropology ont titillé non seulement mon sens de l’anthropologie linguistique mais aussi mon sens de la sémiotique. Ces chercheuses utilisent une approche très compatible avec la mienne puisqu’elle joint l’ethnographie à l’étude de la signifiance. McCreery aurait difficilement pu mieux tomber.

Ce livre me donne aussi un avant-goût des questions débattues par les ethnographes du domaine privé. Je perçois entre autres un sentiment d’incompréhension, de la part des ethnographes du milieu académique. Et un certain embarras face aux questions épineuses touchant à l’identité sociale, voire à la notion d’ethnicité. D’un point de vue ethnographique large, j’ai reconnu dans ce texte des sujets importants de l’ethnographie contemporaine. Au-delà de mon travail pour Idea Couture, j’ai trouvé des pistes pour m’aider à expliquer l’ethnographie à des gens d’autres sphères d’activité.

Et, pour terminer par un retour sur la «langue de bois» de Telus, j’y ai lu des choses très intéressantes au sujet de politiques inefficaces de relations publiques qui, tout comme ce porte-parole de Telus, se concentrent sur une rhétorique hermétique plutôt que de faire preuve de transparence et d’humilité.

Je reviendrai certainement à tout ça très bientôt.

About enkerli

French-speaking ethnographer, homeroaster, anthropologist, musician, coffee enthusiast. View all posts by enkerli

3 responses to “Langue de bois et ethnographie

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