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Profils et web social

J’écrivais ce message à un ami, à propos de mon expérience sur le site xkcd.com.

 

What? Oh, no, the 'Enchanted' soundtrack was just playing because Pandora's algorithms are terrible. [silence] ... (quietly) That's how you knooooooow ...

BD de xkcd

C’est sur xkcd, mais ça pourrait être ailleurs. C’est rien de très spécial, mais ça me donne à penser à ce qu’est le vrai web social, en ce moment. Surtout si on sort de la niche geek.

Donc…

  • Je vois le dernier xkcd.
  • Ça me fait réagir.
  • Je veux répondre.
  • Je sais qu’il y a des forums pour accompagner ces bande dessinées.
  • Je vais sur le forum lié à celui-ci (déjà quelques clics et il fallait que je connaisse l’existence de tout ça).
  • J’appuie sur Post Reply
  • Ça me demande de m’identifier.
  • Comme je crois avoir déjà envoyé quelque-chose là, je me branche avec mon username habituel.
  • Ah, mauvais mdp.
  • Je fais “forget pw”.
  • Oups! J’avais pas de compte avec mon adresse gmail (faut que ça soit la bonne combinaison donc, si je me rappelle pas de mon username, ça marche pas).
  • Je me crée un nouveau profil.
  • Le captcha est illisible, ça me prend plusieurs tentatives.
  • Faut que j’aille sur mon compte gmail activer mon compte sur les forums xkcd.
  • Une fois que c’est fait, je me retrouve à la page d’accueil des forums (pas à la page où j’essaie d’envoyer ma réponse).
  • Je retrouve la page que je voulais.
  • J’appuie sur Post Reply.
  • J’écris ma réponse et je l’envoie.
  • Évidemment, mon profil est vierge.
  • Je vais modifier ça.
  • Ça commence par mon numéro ICQ?? Eh bé!
  • Plus bas, je vois des champs pour Website et Interests. Je remplis ça rapidement, en pensant au plus générique.
  • Il y a aussi ma date de fête. Pas moyen de contrôler qui la voit, etc. Je l’ajoute pas.
  • J’enregistre les autres modifications.
  • Et j’essaie de changer mon avatar.
  • Il y a pas de bouton pour uploader.
  • Ça passe par une Gallery, mais il y a rien dedans.
  • Je laisse tomber, même si je sais bien que les geeks de xkcd sont du genre à rire de toi si t’as un profil générique.
  • Je quitte le site un peu frustré, sans vraiment avoir l’impression que je vais pouvoir commencer une conversation là-dessus.

Deuxième scénario.

J’arrive sur un site qui supporte Disqus (par exemple Mashable).

  • Je peux envoyer un commentaire en tant que guest.

You are commenting as a Guest. Optional: Login below.

Donc, si je veux seulement laisser un commentaire anonyme, c’est tout ce que j’ai à faire. «Merci, bonsoir!»

Même sans me brancher, je peux faire des choses avec les commentaires déjà présents (Like, Reply).

Mais je peux aussi me brancher avec mes profils Disqus, Facebook (avec Facebook Connect), ou Twitter (avec OAuth). Dans chaque cas, si je suis déjà branché sur ce compte dans mon browser, j’ai juste à cliquer pour autoriser l’accès. Même si je suis pas déjà branché, je peux m’identifier directement sur chaque site.

Après l’identification, je reviens tout de suite à la page où j’étais. Mon avatar s’affiche mais je peux le changer. Je peux aussi changer mon username, mais il est déjà inscrit. Mon avatar et mon nom sont liés à un profil assez complet, qui inclut mes derniers commentaires sur des sites qui supportent Disqus.

Sur le site où je commente, il y a une petite boîte avec un résumé de mon profil qui inclut un décompte des commentaires, le nombre de commentaires que j’ai indiqué comme “likes” et des points que j’ai acquis.

Je peux envoyer mon commentaire sur Twitter et sur Facebook en même temps. Je peux décider de recevoir des notices par courriel ou de m’abonner au RSS. Je vois tout de suite quel compte j’utilise (Post as…) et je peux changer de compte si je veux (personnel et pro, par exemple). Une fois que j’envoie mon commentaire, les autres visiteurs du site peuvent voir plus d’infos sur moi en passant avec la souris au-dessus de mon avatar et ils peuvent cliquer et avoir un dialogue modal avec un résumé de mon compte. Ce résumé mène évidemment sur le profil complet. Depuis le profil complet, les gens peuvent suivre mes commentaires ou explorer divers aspects de ma vie en-ligne.

Suite à mon commentaire, les gens peuvent aussi me répondre directement, de façon anonyme ou identifiée.

J’ai donc un profil riche en deux clics, avec beaucoup de flexibilité. Il y a donc un contexte personnel à mon commentaire.

L’aspect social est intéressant. Mon commentaire est identifié par mon profil et je suis identifié par mes commentaires. D’ailleurs, la plupart des avatars sur Mashable sont des vraies photos (ou des avatars génériques) alors que sur le forum xkcd, c’est surtout des avatars «conceptuels».

Ce que xkcd propose est plus proche du “in-group”. Les initiés ont déjà leurs comptes. Ils sont “in the know”. Ils ont certaines habitudes. Leurs signatures sont reconnaissables. L’auteur de la bd connaît probablement leurs profils de ses «vrais fans». Ces gens peuvent citer à peu près tout ce qui a été envoyé sur le site. D’ailleurs, ils comprennent toutes les blagues de la bd, ils ont les références nécessaires pour savoir de quoi l’auteur parle, que ça soit de mathématiques ou de science-fiction. Ils sont les premiers à envoyer des commentaires parce qu’ils savent à quel moment une nouvelle bd est envoyée. En fait, aller regarder une bd xkcd, ça fait partie de leur routine. Ils sont morts de rire à l’idée que certains ne savent pas encore que les vraies blagues xkcd sont dans les alt-text. Ils se font des inside-jokes en tout genre et se connaissent entre eux.

En ce sens, ils forment une «communauté». C’est un groupe ouvert mais il y a plusieurs processus d’exclusion qui sont en action à tout moment. Pour être accepté dans ce genre de groupe, faut faire sa place.

 

Les sites qui utilisent Disqus ont une toute autre structure. N’importe qui peut commenter n’importe quoi, même de façon anonyme. Ceux qui ne sont pas anonymes utilisent un profil consolidé, qui dit «voici ma persona de web social» (s’ils en ont plusieurs, ils présentent le masque qu’ils veulent présenter). En envoyant un commentaire sur Mashable, par exemple, ils ne s’impliquent pas vraiment. Ils construisent surtout leurs identités, regroupent leurs idées sur divers sujets. Ça se rapproche malgré tout de la notion de self-branding qui préoccupe tant des gens comme Isabelle Lopez, même si les réactions sont fortes contre l’idée de “branding”, dans la sphère du web social montréalaisn (la YulMob). Les conversations entre utilisateurs peuvent avoir lieu à travers divers sites. «Ah oui, je me rappelle d’elle sur tel autre blogue, je la suis déjà sur Twitter…». Il n’y a pas d’allégeance spécifique au site.

Bien sûr, il peut bien y avoir des initiées sur un site particulier. Surtout si les gens commencent à se connaître et qu’ils répondent aux commentaires de l’un et de l’autre. En fait, il peut même y avoir une petite «cabale» qui décide de prendre possession des commentaires sur certains sites. Mais, contrairement à xkcd (ou 4chan!), ça se passe en plein jour, mis en évidence. C’est plus “mainstream”.

Ok, je divague peut-être un peu. Mais ça me remet dans le bain, avant de faire mes présentations Yul– et IdentityCamp.


Vague expérience

Bon, ça fait déjà quelques temps que je suis sur Google Wave alors il me faudrait commencer à parler de mon expérience. J’ai pris pas mal de notes et j’ai remarqué des tas de choses. Mais vaut mieux commencer par quelques petits points…

J’écrivais une réponse à une amie sur Facebook dont les amis tentaient d’en savoir plus à propos de Wave. Et ça m’a donné l’occasion de mettre quelques idées en place.

 

Wave est un drôle de système. Comme Twitter lors des premières utilisations, c’est difficile de se faire une idée. Surtout que c’est une version très préliminaire, pleine de bogues.

Jusqu’à maintenant, voici les ressources que j’ai trouvé utiles:
http://lifehacker.com/5376138/google-wave-101
http://danieltenner.com/posts/0012-google-wave.html

(Oui, en anglais. Je traduirai pas, à moins qu’il y ait de la demande.)

Le guide suivant risque en effet d’être le plus complet. Je l’ai pas encore lu…
http://completewaveguide.com/

Sinon, version relativement courte…
Wave est un outil de communication basé sur la notion que les participants à l’événement de communication (la discussion, dions) ont accès à un contenu centralisé. Donc, plutôt que d’échanger des courriels, on construit une “wave” qui peut contenir des tas de choses. On pense surtout au texte mais le contenu est très flexible.
Quelques forces…
– On passe du temps réel au mode asynchrone. Donc, on peut commencer une conversation comme si c’était un échange de courriels puis se faire une séance de clavardage dans le même contenu et retourner au mode courriel plus tard. Très utile et exactement le genre de truc dont plusieurs ont besoin, s’ils échangent des idées à propos de contenus.
– Comme Wiki, SubEthaEdit ou même Google Docs, c’est de l’écriture collaborative. Donc, on peut facilement construire du contenu avec plusieurs autres personnes. Le système permet un suivi plus facile que sur un Wiki ou avec Google Docs.
– La gestion des accès est incroyablement facile. En ce moment, on ne peut pas retirer quelqu’un qu’on a ajouté à une “wave”, mais c’est vraiment très facile de spécifier qui on veut ajouter comme participants à une “wave” ou même à une plus petite section. Donc, on peut conserver certaines choses plus privées et d’autres presque publiques. Ça semble simple, mais c’est assez important, comme changement. On peut créer des listes ad hoc comme si on décidait soudainement de faire équipe.
– C’est une architecture ouverte, avec la possibilité de créer des outils pour transformer les contenus ou pour ajouter d’autres choses (cartes, contenus interactifs, sondages…). Du genre widgets, mais ça va plus loin. Et ça motive le monde des développeurs. L’idée, c’est que le système permet d’être étendu de façon inattendue.
– C’est si nouveau et relativement limité dans le nombre d’utilisateurs qu’on en est à une phase où tout le monde essaie d’expérimenter et accepte de répondre à toute question.

– Il n’y a pour l’instant pas de pourriel.

Bon, c’est déjà pas si court… 😉

Si vous avez des questions, faites-moi signe. Si vous êtes déjà sur Wave, je suis enkerli et informalethnographer (dans les deux cas, c’est @googlewave.com).


Présence féminine et culture geek (Journée Ada Lovelace) #ald09

En 2009, la journée de la femme a été hypothéquée d’une heure, dans certaines contrées qui sont passées à l’heure d’été le 8 mars. Pourtant, plus que jamais, c’est aux femmes que nous devrions accorder plus de place. Cette Journée internationale en l’honneur d’Ada Lovelace et des femmes dans les domaines technologiques est une excellente occasion pour discuter de l’importance de la présence féminine pour la pérennité sociale.

Pour un féministe mâle, le fait de parler de condition féminine peut poser certains défis. Qui suis-je, pour parler des femmes? De quel droit pourrais-je m’approprier de la parole qui devrait, selon moi, être accordée aux femmes? Mes propos ne sont-ils pas teintés de biais? C’est donc d’avantage en tant qu’observateur de ce que j’ai tendance à appeler la «culture geek» (voire la «niche geek» ou la «foule geek») que je parle de cette présence féminine.

Au risque de tomber dans le panneau du stéréotype, j’oserais dire qu’une présence accrue des femmes en milieu geek peut avoir des impacts intéressants en fonction de certains rôles impartis aux femmes dans diverses sociétés liées à la culture geek. En d’autres termes, j’aimerais célébrer le pouvoir féminin, bien plus fondamntal que la «force» masculine.

Je fais en cela référence à des notions sur les femmes et les hommes qui m’ont été révélées au cours de mes recherches sur les confréries de chasseurs, au Mali. En apparence exclusivement mâles, les confréries de chasseurs en Afrique de l’ouest accordent une place prépondérante à la féminité. Comme le dit le proverbe, «nous sommes tous dans les bras de nos mères» (bèè y’i ba bolo). Si le père, notre premier rival (i fa y’i faden folo de ye), peut nous donner la force physique, c’est la mère qui nous donne la puissance, le vrai pouvoir.

Loin de moi l’idée d’assigner aux femmes un pouvoir qui ne viendrait que de leur capacité à donner naissance. Ce n’est pas uniquement en tant que mère que la femme se doit d’être respectée. Bien au contraire, les divers rôles des femmes ont tous à être célébrés. Ce qui donne à la maternité une telle importance, d’un point de vue masculin, c’est son universalité: un homme peut ne pas avoir de sœur, d’épouse ou de fille, il peut même ne pas connaître l’identité précise de son père, il a au minimum eu un contact avec sa mère, de la conception à la naissance.

C’est souvent par référence à la maternité que les hommes conçoivent le respect le plus inconditionnel pour la femme. Et l’image maternelle ne doit pas être négligée, même si elle est souvent stéréotypée. Même si le terme «materner» a des connotations péjoratives, il fait appel à un soi adapté et sans motif spécifique. La culture geek a-t-elle besoin de soins maternels?

Une étude récente s’est penchée sur la dimension hormonale des activités des courtiers de Wall Street, surtout en ce qui a trait à la prise de risques. Selon cette étude (décrite dans une baladodiffusion de vulgarisation scientifique), il y aurait un lien entre certains taux d’hormones et un comportement fondé sur le profit à court terme. Ces hormones sont surtout présentes chez de jeunes hommes, qui constituent la majorité de ce groupe professionnel. Si les résultats de cette étude sont valables, un groupe plus diversifié de courtiers, au niveau du sexe et de l’âge, risque d’être plus prudent qu’un groupe dominé par de jeunes hommes.

Malgré d’énormes différences dans le détail, la culture geek a quelques ressemblances avec la composition de Wall Street, du moins au point de vue hormonal. Si l’appât du gain y est moins saillant que sur le plancher de la Bourse, la culture geek accorde une très large place au culte méritocratique de la compétition et à l’image de l’individu brillant et tout-puissant. La prise de risques n’est pas une caractéristique très visible de la culture geek, mais l’approche «résolution de problèmes» (“troubleshooting”) évoque la décision hâtive plutôt que la réflexion approfondie. Le rôle du dialogue équitable et respectueux, sans en être évacué, n’y est que rarement mis en valeur. La culture geek est «internationale», en ce sens qu’elle trouve sa place dans divers lieux du Globe (généralement définis avec une certaine précision en cebuees névralgiques comme la Silicon Valley). Elle est pourtant loin d’être représentative de la diversité humaine. La proportion bien trop basse de femmes liées à la culture geek est une marque importante de ce manque de diversité. Un groupe moins homogène rendrait plus prégnante la notion de coopération et, avec elle, un plus grand soucis de la dignité humaine. Après tout, le vrai humanisme est autant philogyne que philanthrope.

Un principe similaire est énoncé dans le cadre des soins médicaux. Sans être assignées à des tâches spécifiques, associées à leur sexe, la présence de certaines femmes-médecins semble améliorer certains aspects du travail médical. Il y a peut-être un stéréotype implicite dans tout ça et les femmes du secteur médical ne sont probablement pas traitées d’une bien meilleure façon que les femmes d’autres secteurs d’activité. Pourtant, au-delà du stéréotype, l’association entre féminité et relation d’aide semble se maintenir dans l’esprit des membres de certaines sociétés et peut être utilisée pour rendre la médecine plus «humaine», tant dans la diversité que dans cette notion d’empathie raisonnée, évoquée par l’humanisme.

Je ne peux m’empêcher de penser à cette remarquable expérience, il y a quelques années déjà, de participer à un colloque académique à forte présence féminine. En plus d’une proportion élevée de femmes, ce colloque sur la nourriture et la culture donnait la part belle à l’image de la mère nourricière, à l’influence fondamentale de la sphère donestique sur la vie sociale. Bien que mâle, je m’y suis senti à mon aise et je garde de ces quelques jours l’idée qu’un monde un tant soit peu féminisé pouvait avoir des effets intéressants, d’un point de vue social. Un groupe accordant un réel respect à la condition féminine peut être associé à une ambiance empreinte de «soin», une atmosphère “nurturing”.

Le milieu geek peut être très agréable, à divers niveaux, mais la notion de «soin», l’empathie, voire même l’humanisme n’en sont pas des caractéristiques très évidentes. Un monde geek accordant plus d’importance à la présence des femmes serait peut-être plus humain que ce qu’un portrait global de la culture geek semble présager.

Et n’est-ce pas ce qui s’est passé? Le ‘Net s’est partiellement féminisé au cours des dix dernières années et l’émergence du média social est intimement lié à cette transformation «démographique».

D’aucuns parlent de «démocratisation» d’Internet, usant d’un champ lexical associé au journalisme et à la notion d’État-Nation. Bien qu’il s’agisse de parler d’accès plus uniforme aux moyens technologiques, la source de ce discours se situe dans une vision spécifique de la structure social. Un relent de la Révolution Industrielle, peut-être? Le ‘Net étant construit au-delà des frontières politiques, cette vision du monde semble peu appropriée à la communication mondialisée. D’ailleurs, qu’entend-on vraiment par «démocratisation» d’Internet? La participation active de personnes diversifiées aux processus décisionnels qui créent continuellement le ‘Net? La simple juxtaposition de personnes provenant de milieux socio-économiques distincts? La possibilité pour la majorité de la planète d’utiliser certains outils dans le but d’obtenir ces avantages auxquels elle a droit, par prérogative statistique? Si c’est le cas, il en reviendrait aux femmes, majoritaires sur le Globe, de décider du sort du ‘Net. Pourtant, ce sont surtout des hommes qui dominent le ‘Net. Le contrôle exercé par les hommes semble indirect mais il n’en est pas moins réel.

Cet état des choses a tendance à changer. Bien qu’elles ne soient toujours pas dominantes, les femmes sont de plus en plus présentes, en-ligne. Certaines recherches statistiques semblent d’ailleurs leur assigner la majorité dans certaines sphères d’activité en-ligne. Mais mon approche est holistique et qualitative, plutôt que statistique et déterministe. C’est plutôt au sujet des rôles joués par les femmes que je pense. Si certains de ces rôles semblent sortir en ligne direct du stéréotype d’inégalité sexuelle du milieu du XXè siècle, c’est aussi en reconnaissant l’emprise du passé que nous pouvons comprendre certaines dimensions de notre présent. Les choses ont changé, soit. La conscience de ce changement informe certains de nos actes. Peu d’entre nous ont complètement mis de côté cette notion que notre «passé à tous» était patriarcal et misogyne. Et cette notion conserve sa signifiance dans nos gestes quotidiens puisque nous nous comparons à un modèle précis, lié à la domination et à la lutte des classes.

Au risque, encore une fois, de faire appel à des stéréotypes, j’aimerais parler d’une tendance que je trouve fascinante, dans le comportement de certaines femmes au sein du média social. Les blogueuses, par exemple, ont souvent réussi à bâtir des communautés de lectrices fidèles, des petits groupes d’amies qui partagent leurs vies en public. Au lieu de favoriser le plus grand nombre de visites, plusieurs femmes ont fondé leurs activités sur la blogosphère sur des groupes relativement restreints mais très actifs. D’ailleurs, certains blogues de femmes sont l’objet de longues discussions continues, liant les billets les uns aux autres et, même, dépassant le cadre du blogue.

À ce sujet, je fonde certaines de mes idées sur quelques études du phénomène de blogue, parues il y a déjà plusieurs années (et qu’il me serait difficile de localiser en ce moment) et sur certaines observations au sein de certaines «scènes geeks» comme Yulblog. Lors de certains événements mettant en contacts de nombreuses blogueuses, certaines d’entre elles semblaient préférer demeurer en groupe restreint pour une part importante de la durée de l’événement que de multiplier les nouveaux contacts. Il ne s’agit pas ici d’une restriction, certaines femmes sont mieux à même de provoquer l’«effet du papillon social» que la plupart des hommes. Mais il y a une force tranquille dans ces petits regroupements de femmes, qui fondent leur participation à la blogosphère sur des contacts directs et forts plutôt que sur la «pêche au filet». C’est souvent par de très petits groupes très soudés que les changements sociaux se produisent et, des “quilting bees” aux blogues de groupes de femmes, il y a une puissance ignorée.

Il serait probablement abusif de dire que c’est la présence féminine qui a provoqué l’éclosion du média social au cours des dix dernières années. Mais la présence des femmes est liée au fait que le ‘Net ait pu dépasser la «niche geek». Le domaine de ce que certains appellent le «Web 2.0» (ou la sixième culture d’Internet) n’est peut-être pas plus démocratique que le ‘Net du début des années 1990. Mais il est clairement moins exclusif et plus accueillant.

Comme ma tendre moitié l’a lu sur la devanture d’une taverne: «Bienvenue aux dames!»

Les billets publiés en l’honneur de la Journée Ada Lovelace devaient, semble-t-il, se pencher sur des femmes spécifiques, œuvrant dans des domaines technologiques. J’ai préféré «réfléchir à plume haute» au sujet de quelques éléments qui me trottaient dans la tête. Il serait toutefois de bon ton pour moi de mentionner des noms et de ne pas consigner ce billet à une observation purement macroscopique et impersonnelle. Étant peu porté sur l’individualisme, je préfère citer plusieurs femmes, plutôt que de me concentrer sur une d’entre elles. D’autant plus que la femme à laquelle je pense avec le plus d’intensité dit désirer garder une certaine discrétion et, même si elle blogue depuis bien plus longtemps que moi et qu’elle sait très bien se débrouiller avec les outils en question, elle prétend ne pas être associée à la technologie.

J’ai donc décidé de procéder à une simple énumération (alphabétique, j’aime pas les rangs) de quelques femmes dont j’apprécie le travail et qui ont une présence Internet facilement identifiable. Certaines d’entre elles sont très proches de moi. D’autres planent au-dessus de milieux auxquels je suis lié. D’autres encore sont des présences discrètes ou fortes dans un quelconque domaine que j’associe à la culture geek et/ou au média social. Évidemment, j’en oublie des tonnes. Mais c’est un début. Continuons le combat! 😉


Mon Café Vert: séparer le bon grain de l’ivraie

Il y a déjà quelques semaines, j’ai acheté des grains de café vert (pour torréfaction maison) grâce au site MonCafeVert.com (MCV):

Mon Café Vert – Café Vert, Torréfacteurs maison, Café vert bio et Équitable.

Avant même de commencer à torréfaction, j’avais un bonne impression de cette entreprise.

Tout d’abord, la boutique en-ligne est relativement bien construite. Pas nécessairement d’un point de vue visuel (je suis pas très sensible à ça) mais d’un point de vue ergonomique. Les diverses sections du site sont clairement identifiées, le panier d’achat se met à jour automatiquement, le contenu affiché n’est pas trop «envahissant»… La boutique accepte les paiements par Paypal, ce qui est assez utile (malgré les frais). Interac en-ligne serait encore plus pratique, à mon avis.

La description des diverses variétés de café semble adéquate, bien que j’aurais personnellement aimé un peu plus de détails (origine plus précise, lavé ou naturel…). Les neuf variétés de café disponibles semblent suffisamment  différentes les unes des autres pour permettre des mélanges intéressants. Dans l’ensemble, les prix sont somme toute assez raisonnables.

MCV distribue aussi des cafetières piston (Bodum) et des torréfacteurs maison. Les torréfacteurs maison sont difficiles à trouver dans le commerce local et MCV les offrent à des prix raisonnables.

Un des plus grands avantages, d’après moi, est le fait que MCV soit une entreprise montréalaise. Pour diverses raisons, j’essaie le plus possible de faire des achats locaux et d’éviter la livraison. MCV offre la livraison gratuite à Montréal et Laval. Je préférerais pouvoir aller chercher le café directement, en métro, mais j’apprécie ce service offert par MCV.

D’ailleurs, c’est ce qui m’a le plus impressionné de MCV: non seulement ai-je obtenu la livraison gratuite à domicile pour une commande de moins de 40$, mais cette livraison a été effectuée dans des délais remarquablement courts et de façon personnalisée. Du service comme ça, c’est impressionnant!

D’ailleurs, c’est la qualité du service qui me pousse à bloguer au sujet de MCV et à faire référence au «bon grain»: du service pareil, ça mérite une reconnaissance amicale.

Ce qui m’a poussé à compléter l’expression usuelle dans le titre, c’est le fait que les grains de certaines variétés de café (le Djimmah, en particulier) sont moins bien triés que ce dont j’ai l’habitude. J’ai torréfié ces cafés à plusieurs reprises et j’ai été obligé de retirer un assez grand nombre de grains après torréfaction, ce qui est plutôt rare. Dans l’ensemble, je dirais que les grains sont d’assez bonne qualité et j’obtiens d’assez bons résultats dans la tasse. Mais j’ai obtenu de meilleurs résultats avec des grains de café vert achetés ailleurs.

N’empêche, avec un tel service, je peux pas me plaindre. Je me dois simplement d’être honnête.


Intervention médiatique helvético-québécoise

Un peu la suite (tardive) d’un billet sur la «vitalité culturelle du Québec» (qui était lui-même une suite d’un billet sur le contenu québécois), avec des liens à deux baladodiffusions: David Patry (du syndicat du Journal de Montréal) en entrevue sur Musironie et Jean-François Rioux (directeur radio à RadCan) en entrevue sur Médialogues.

Un peu plus de contexte que vous n’en désirez… 🙂

J’écoute de nombreuses baladodiffusions, en français et en anglais. En tant qu’ethnographe et en tant que  bavard invétéré, j’essaie  d’apporter mon grain de sel dans diverses conversations. Certaines baladodiffusions (entre autres celles qui proviennent du contexte radiophonique traditionnel, comme Médialogues) «donnent la parole aux auditeurs» en sollicitant des messages téléphoniques ou par courriel. Une participation beaucoup moins directe ou égalitaire que dans le média social, mais une participation sociale tout de même.

En tant que Québécois d’origine suisse, je me plais à écouter des baladodiffusions helvétiques (provenant surtout de la radio publique en Suisse-Romande, la baladodiffusion indépendante étant encore plus rare en Suisse qu’au Québec). Ça m’aide à conserver un contact avec la Suisse, ne serait-ce que par l’accent des participants. Et ça me fait parfois réfléchir aux différences entre la Suisse et le Québec (ou, par extension, aux différences entre Amérique du Nord et Europe).

J’écoute des baladodiffusions de Couleur3 et de «La première» (deux stations radiophoniques de la SRG SSR idée suisse) depuis 2005. Mais ce n’est qu’en écoutant un épisode de la baladodiffusion de Vous êtes ici de Radio-Canada, l’été dernier que j’ai appris l’existence de Médialogues, une émission de La première au sujet des médias. 

Puisque je suis en réaction contre le journalisme depuis 25 ans, la critique des médias me fascine. Médialogues n’est pas, en tant que telle, représentative de l’analyse critique des médias (elle est animée par des journalistes et les journalistes peinent à utiliser un point de vue critique sur le journalisme). Mais plusieurs interventions au cours de l’émission sont effectuées par des gens (y compris d’anciens journalistes comme Christophe Hans) dotés du recul nécessaire pour comprendre le journalisme dans son ensemble et certains journalistes qui participent à l’émission énoncent à l’occasion des idées qui peuvent être utiles à l’analyse critique du journalisme.

Soit dit en passant, au sujet du respect… Je respecte qui que ce soit, y compris ceux avec qui je suis en désaccord profond. Je peux parfois sembler irrespectueux à l’égard des journalistes mais ce n’est pas contre eux que «j’en ai». Je suis en réaction contre le journalisme mais j’apprécie les journalistes en tant que personnes. Par ailleurs, je considère que beaucoup de journalistes sont eux-mêmes irrespectueux à l’égard des non-journalistes et leur manque de respect à notre égard provoque parfois en moi certaines réactions qui peuvent ressembler à des «attaques» plus personnalisées. Mon intention est toute autre, bien évidemment, mais je prends la responsabilité pour toute méprise à ce sujet. J’ai d’ailleurs été confronté à ce genre de situation, il y a quelques mois.

Revenons donc à Jean-François Rioux, en entrevue avec les journalistes de Médialogues.

Le contexte immédiat de cette entrevue est relativement simple à comprendre: la Société Suisse Romande (portion francophone de la SRG SSR idée suisse) procède en ce moment à la fusion de ses services télévisuels, radiophoniques et Internet. C’est donc un sujet qui anime et passionne l’équipe de Médialogues (située au cœur de cette transformation). La semaine dernière, intriguée par des propos de Gérard Delaloye, (dont les interventions ont été entendues à plusieurs reprises pendant la semaine), l’équipe de Médialogues s’est penchée sur la crainte toute journalistique de la perte de diversité causée par cette fusion de diverses sections du service public. N’étant pas en mesure de contacter le directeur télévision et radio (déjà sollicité à plusieurs reprises par Médialogues, à ce que j’ai pu comprendre), l’équipe de journalistes a décidé de contacter Jean-François Rioux. Choix très logique puisque la SRC est l’équivalent très direct de la SSR (y compris la distinction linguistique) et que CBC/SRC a déjà procédé à cette fusion des médias.

Rioux était donc invité à se prononcer au sujet des effets de la fusion des moyens de communication. Là où tout prend son sens, c’est que l’équipe de Médialogues utilise le terme «convergence» pour parler de cette fusion. Ce terme est tout à fait approprié puisqu’il s’agit d’un exemple de ce qu’on appelle «la convergence numérique». Mais, en contexte canadien (et, qui plus est, québécois), le terme «convergence» est fortement connoté puisqu’il a surtout été utilisé pour désigner ce qu’on appelle «la convergence des médias»: une portion de la concentration des médias qui traite plus spécifiquement de l’existence de plusieurs organes médiatiques «multi-plateforme» au sein d’une même organisation médiatique. Contrairement à ce que certains pourraient croire (et que je me tue à dire, en tant qu’ethnolinguiste), c’est pas le terme lui-même, qui pose problème. C’est l’utilisation du terme en contexte. En parlant au directeur radio de RadCan, il est bon de connaître le contexte médiatique québécois, y compris une aversion pour la convergence des médias.

En tant qu’ethnolinguiste helvético-québécois, il était de mon devoir d’indiquer à l’équipe de Médialogues qu’une partie de cette entrevue avec Rioux était tributaire d’une acception proprement québécoise du concept de «convergence». J’ai donc envoyé un courriel à cette époque, n’étant alors pas en mesure de laisser un message sur leur boîte vocale (j’étais dans un lobby d’hôtel en préparation à une visite ethnographique).

Alors que je suis chez un ami à Québec (pour d’autres visites ethnographiques), je reçois un courriel d’Alain Maillard (un des journalistes de Médialogues) s’enquérant de mes dispositions face à une entrevue téléphonique au cours des prochains jours. Je lui ai rapidement indiqué mes disponibilités et, ce matin, je reçois un autre courriel de sa part me demandant si je serais disponible dans la prochaine heure. Le moment était tout à fait opportun et nous avons pu procéder à une petite entrevue téléphonique, de 9:58 à 10:18 (heure normale de l’est).

Malheureusement, j’ai pas eu la présence d’esprit de procéder à l’enregistrement de cette entrevue. Sur Skype, ç’aurait été plus facile à faire. Compte tenu de mon opinion sur le journalisme, évidemment, mais aussi de ma passion pour le son, j’accorde une certaine importance à l’enregistrement de ce type d’entrevue.

M’enfin…

Donc, Maillard et moi avons pu parler pendant une vingtaine de minutes. L’entrevue était proprement structurée (on parle quand même de la Suisse et, qui plus est, d’un journaliste et auteur œuvrant en Suisse). Une section portait directement sur la notion de convergence. Selon Maillard, celle-ci pourrait faire l’objet d’une diffusion de deux minutes au début de l’émission de vendredi. La seconde section portait sur mon blogue principal et se concentrait sur l’importance de bloguer dans un contexte plutôt carriériste. La troisième section portant sur un de mes «chevaux de bataille»: la musique et les modèles d’affaires désuets qui la touchent. Comme beaucoup d’autres, Maillard s’interrogeait sur les montants d’argent associés à certains produits de la musique: les enregistrement et les spectacles. Pour Maillard, comme pour beaucoup de non-musiciens (y compris les patrons de l’industrie du disque), il semble que ce soit l’accès à la musique qui se doit d’être payant. Malgré les changements importants survenus dans cette sphère d’activité para-musicale depuis la fin du siècle dernier, plusieurs semblent encore croire que La Musique est équivalente aux produits de consommations (“commodities”) qui lui sont associés. La logique utilisée semble être la suivante: si les gens peuvent «télécharger de la musique» gratuitement, comment «la musique» peut-elle survivre?  Pourtant, ce n’est pas «de la musique» qui est téléchargée, ce sont des fichiers (généralement en format MP3) qui proviennent de l’enregistrement de certaines performances musicales.

L’analogie avec des fichiers JPEG est un peu facile (et partiellement inadéquate, puisqu’elle force une notion technique sur la question) mais elle semble somme toute assez utile. Un fichier JPEG provenant d’une œuvre d’art pictural (disons, une reproduction photographique d’une peinture) n’est pas cette œuvre. Elle en est la «trace», soit. On peut même procéder à une analyse sémiotique détaillée du lien entre ce fichier et cette œuvre. Mais il est facile de comprendre que le fichier JPEG n’est pas directement équivalent à cette œuvre, que l’utilisation du fichier JPEG est distincte de (quoiqu’indirectement liée à) la démarche esthétique liée à une œuvre d’art.

On pourrait appliquer la même logique à une captation vidéo d’une performance de danse ou de théâtre.

J’ai beaucoup de choses à dire à ce sujet, ce qui est assez «dangereux». D’ailleurs, je parle peu de ces questions ici, sur mon blogue principal, parce que c’était surtout mon cheval de bataille sur le blogue que j’ai créé pour Critical World, il y a quelques temps.

Comme vous vous en êtes sûrement rendu compte, chères lectrices et chers lecteurs, je suis parti d’un sujet somme toute banal (une courte entrevue pour une émission de radio) et je suis parti dans tous les sens. C’est d’ailleurs quelque-chose que j’aime bien faire sur mon blogue, même si c’est mal considéré (surtout par les Anglophones). C’est plutôt un flot d’idées qu’un billet sur un sujet précis. Se trouvent ici plusieurs idées en germe que je souhaite aborder de nouveau à une date ultérieure. Par exemple, je pensais dernièrement à écrire un billet spécifiquement au sujet de Médialogues, avec quelques commentaires sur la transformation des médias (la crise du journalisme, par exemple). Mais je crois que c’est plus efficace pour moi de faire ce petit brouillon.

D’ailleurs, ça m’aide à effectuer mon «retour de terrain» après mes premières visites ethnographiques effectuées pour l’entreprise privée.


Média social et durable

Fichier de présentation pour une petite séance de «lancement d’idée» à propos des médias sociaux et du développement durable. Il semble y avoir un certain intérêt pour l’utilisation des médias sociaux dans des contextes de changements sociaux (y compris le mouvement vers le développement durable). Je compte revenir sur des sujets similaires à plusieurs reprises et cette petite présentation était une première tentative dans cette direction.

viaMédia social et durable.


Langue de bois et ethnographie

J’ai récemment eu l’occasion de penser à ce qu’on appelle la «langue de bois». D’ailleurs, cette expression me motive à écrire ce billet en français. Je sais pas exactement comment dire la même chose en anglais, même si le concept est évidemment connu des Anglophones.

Ce qui m’a poussé à penser à la «langue de bois», c’est cette entrevue, réalisée par Jesse Brown de la baladodiffusion Search Engine de Radio-Canada anglais (CBC) avec un porte-parole de Telus:

Search Engine | CBC Radio | Podcast #16 is up .

D’après moi, cette entrevue est assez représentative de la «langue de bois». Telus fait un geste intéressant, en permettant à un de ses représentants de parler «ouvertement» dans le cadre d’une baladodiffusion. Mais le contenu et le ton de cette entrevue révèlent ce qui est, selon moi, un problème fondamental de certaines entreprises en ce qui a trait aux «relations publiques». Plutôt que d’admettre qu’il y a une différence d’opinion entre Telus (ou Bell) et les utilisateurs de messagerie sur cellulaire, ce porte-parole utilise une rhétorique que je considère tortueuse pour convaincre les auditeurs (et l’intervieweur) du bien-fondé des actions de son entreprise.

C’est, selon moi, une stratégie peu appropriée au domaine actuel. Ça ressemble étrangement à la politique de l’autruche et ça n’aide en rien au rétablissement de liens de confiances entre Telus et le public.

Je suis rarement aussi direct, dans mes propos au sujet d’une stratégie. En fait, mes propos sont probablement plus «forts» que ce que je crois vraiment. Outre la frustration par rapport au coût prohibitif des messages entrants sur Bell Mobilité (qui m’a poussé à cesser d’utiliser un cellulaire de Bell), je n’ai que peu d’intérêt réel pour la question précise des rapports entre Telus et ses clients. Mais j’accorde davantage d’importance aux relations publiques, intéressé comme je suis en ce qui a trait à la recherche auprès des consommateurs (“consumer research”).

C’est que je suis en pleine réorientation professionnelle. J’ai récemment obtenu un contrat auprès de la firme Idea Couture de Toronto en tant qu’«ethnographe francophone autonome» (“French-speaking freelance ethnographer”). Pour ce contrat, je fais affaire avec Morgan Gerard qui, en plus d’être ethnographe, est aussi blogueur. J’intègre désormais certaines de mes activités de média social avec mon expertise en tant qu’ethnographe. Je souhaite d’ailleurs renforcer ce lien et éventuellement obtenir divers contrats en tant qu’ethnographe spécialisé en média social. Ce premier contrat d’ethnographe autonome n’est pas directement lié au média social et la principale méthode de recherche utilisée est basée sur des visites à domicile, auprès de familles québécoises diverses. J’aimerais effectuer d’autres recherches du même type dans le futur mais je vois aussi certaines extensions plus près du média social.

En préparation à ce travail contractuel, je me suis lancé dans la lecture de certains textes liés à l’utilisation de l’anthropologie et/ou de l’ethnographie dans le contexte des études de marché ou autres sphères d’activités du domaine privé. C’est un peu une façon pour moi de me «baigner» dans l’anthropologie et l’ethnographie appliquées, de réellement devenir ce type de chercheur, d’«assumer mon statut» d’ethnographe autonome.

Un livre qui m’a été conseillé, et que j’ai lu dernièrement, est Doing Anthropology in Consumer Research, de Sunderland et Denny. Je crois que l’aspect ethnolinguistique de cet ouvrage est ce qui a plu à John McCreery puisqu’il est, tout comme moi, actif dans l’étude ethnographique du langage. D’ailleurs, plusieurs dimensions de Doing Anthropology ont titillé non seulement mon sens de l’anthropologie linguistique mais aussi mon sens de la sémiotique. Ces chercheuses utilisent une approche très compatible avec la mienne puisqu’elle joint l’ethnographie à l’étude de la signifiance. McCreery aurait difficilement pu mieux tomber.

Ce livre me donne aussi un avant-goût des questions débattues par les ethnographes du domaine privé. Je perçois entre autres un sentiment d’incompréhension, de la part des ethnographes du milieu académique. Et un certain embarras face aux questions épineuses touchant à l’identité sociale, voire à la notion d’ethnicité. D’un point de vue ethnographique large, j’ai reconnu dans ce texte des sujets importants de l’ethnographie contemporaine. Au-delà de mon travail pour Idea Couture, j’ai trouvé des pistes pour m’aider à expliquer l’ethnographie à des gens d’autres sphères d’activité.

Et, pour terminer par un retour sur la «langue de bois» de Telus, j’y ai lu des choses très intéressantes au sujet de politiques inefficaces de relations publiques qui, tout comme ce porte-parole de Telus, se concentrent sur une rhétorique hermétique plutôt que de faire preuve de transparence et d’humilité.

Je reviendrai certainement à tout ça très bientôt.


Brassage saisonnier

Deux nouvelles bières que j’ai l’intention de brasser aujourd’hui, grâce à une culture de levure de saison et de Brettanomyces bruxellensis, généreusement fournie par un ami. L’aspect «bière de type saison» ne sera probablement pas très fidèle aux modèles connus. L’idée, c’est d’expérimenter.

D’abord, une bière rouge, inspirée par le thé d’hibiscus:

Dablini

16-C Saison
Auteur: Alexandre Enkerli
Date: 2009-01-03

BeerTools Pro Color Graphic

Grosseur: 5,0 gal

Efficience: 75,0%

Atténuation: 75,0%

Calories: 178,84 kcal per 12,0 fl oz

Densité Initiale: 1,054 (1,048 – 1,065)

|=============#==================|

Densité finale: 1,013 (1,002 – 1,012)

|==========================#=====|

Couleur: 18,94 (5,0 – 14,0)

|================================|

Alcool: 5,28% (5,0% – 7,0%)

|==========#=====================|

Amertume: 12,2 (20,0 – 35,0)

|================================|

Ingrédients:

3000 g American 6-row Pale
500 g Munich TYPE I
500 g Vienna Malt
500 g Caramalt 15
500 g Special B – Caramel malt
1,0 L Pomegrenate juice – Ajouté à l’ébullition bouilli 15 min
25 g Hibiscus flower (dried) – Ajouté à l’ébullition bouilli 15 min
15 g Coffee Berries (dried) – Ajouté à l’ébullition bouilli 3 min
1 oz Crystal (3,3%) – Ajouté à l’ébullition bouilli 60 min

200 mL White Labs WLP565 Belgian Saison I

Résultats générés par BeerTools Pro 1.5.2

 

Puis une bière très pale, orientée épices (presque comme une wit):

Bretteuse

16-C Saison

Auteur: Alexandre Enkerli

Date: 2009-01-03

BeerTools Pro Color Graphic

Grosseur: 5,0 gal

Efficience: 75,0%

Atténuation: 75,0%

Calories: 196,4 kcal per 12,0 fl oz

Densité Initiale: 1,059 (1,048 – 1,065)

|==================#=============|

Densité finale: 1,015 (1,002 – 1,012)

|============================#===|

Couleur: 3,87 (5,0 – 14,0)

|=====#==========================|

Alcool: 5,8% (5,0% – 7,0%)

|==============#=================|

Amertume: 12,2 (20,0 – 35,0)

|================================|

Ingrédients:

1500 g American 6-row Pale

400 g Rye Flakes

570 g Oats Flaked

28,35 g Crystal (3,3%) – Ajouté à l’ébullition bouilli 60 min

200 g Honey

13,0 tsp Corriander seeds – Ajouté à l’ébullition bouilli 5 min

20,0 tsp Clementine peel (dried) – Ajouté à l’ébullition bouilli 5 min

4,0 tsp Black Peppercorns – Ajouté à l’ébullition bouilli 5 min

4,0 tsp Grains of Paradise – Ajouté à l’ébullition bouilli 5 min

6,76 fl oz White Labs WLP565 Belgian Saison I

2500 g German 2-row Pils

Horaire:

Air ambiant: 70,0 °F

Eau de source: 60,0 °F

00:03:00 Mash-InEau d’empâtage: 3,94 gal; Amorçage: 166,34 °F; Cible: 155 °F

Résultats générés par BeerTools Pro 1.5.2


Le meilleur de la blogosphère anthropologique francophone: appel aux candidatures

Le blogue Neuroanthropology recueille présentement des candidatures pour réaliser une anthologie de la blogosphère anthropologique pour l’année 2008. Si vous tenez un blogue à caractère anthropologique ou si vous connaissez quelqu’un d’autre qui tient un tel blogue, veuillez nous envoyer un message par l’entremise du billet Anthropology Blogging 2008: Call for Submissions sur ce même blogue. Neuroanthropology cherche des anthropologues blogueurs de diverses communautés linguistiques pour qu’ils puissent soumettre leurs meilleurs billets selon deux critères: popularité et auto-sélection. Dans la catégorie «popularité», chaque blogue peut soumettre un lien sur billet celui qui a reçu le plus de visites au cours de l’année, accompagné par une courte description (une ligne ou deux) de ce qui, selon l’auteur, a permis à ce billet d’attirer autant de visites. Dans la catégorie «auto-sélection», il s’agit de soumette le meilleur billet de l’année, selon l’auteur. Les blogues collectifs (écrits par plusieurs auteurs) peuvent sélectionner deux billets du même blogue, pour cette anthologie.
Toutes les soumissions sont acceptées. Nous désirons construire une liste aussi exhaustive que possible des blogues anthropologiques, peu importe la langue.
Prière de soumettre vos candidatures d’ici au 29 décembre. L’anthologie sera mise en ligne le 31 décembre.


La Renaissance du café à Montréal

J’ai récemment publié un très long billet sur la scène du café à Montréal. Sans doûte à cause de sa longueur, ce billet ne semble pas avoir les effets escomptés. J’ai donc décidé de republier ce billet, section par section. Ce billet est la dernière section de ce long billet. Il consiste en une espèce de résumé de la situation actuelle de la scène montréalaise du café, avec un regard porté vers son avenir. Vous pouvez consulter l’introduction qui contient des liens aux autres sections et ainsi avoir un contexte plus large.

À mon humble avis, l’arrivée de la Troisième vague à Montréal nous permet maintenant d’explorer le café dans toute sa splendeur. En quelque sorte, c’était la pièce qui manquait au casse-tête.

Dans mon précédent billet, j’ai omis de comparer le café à l’italienne au café à la québécoise (outre l’importance de l’allongé). C’est en partie parce que les différences sont un peu difficile à expliquer. Mais disons qu’il y a une certaine diversité de saveurs, à travers la dimension «à la québécoise» de la scène montréalaise du café. Malgré certains points communs, les divers cafés de Montréalais n’ont jamais été d’une très grande homogénéité, au niveau du goût. Les ressemblances venaient surtout de l’utilisation des quelques maisons de torréfaction locales plutôt que d’une unité conceptuelle sur la façon de faire le café. D’ailleurs, j’ai souvent perçu qu’il y avait eu une baisse de diversité dans les goûts proposés par différents cafés montréalais au cours des quinze dernières années, et je considère ce processus de quasi-standardisation (qui n’a jamais été menée à terme) comme un aspect néfaste de cette période dans l’histoire du café à Montréal. Les nouveaux développements de la scène montréalaise du café me donne espoir que la diversité de cette scène grandit de nouveau après cette période de «consolidation».

D’ailleurs, c’est non sans fierté que je pense au fait que les grandes chaînes «étrangères» de cafés ont eu de la difficulté à s’implanter à Montréal. Si Montréal n’a eu sa première succursale Starbucks qu’après plusieurs autres villes nord-américaines et si Second Cup a rapidement dû fermer une de ses succursales montréalaises, c’est entre autres parce que la scène montréalaise du café était très vivante, bien avant l’arrivée des chaînes. D’ailleurs, plusieurs chaînes se sont développé localement avant de se disperser à l’extérieur de Montréal. Le résultat est qu’il y a probablement, à l’heure actuelle, autant sinon plus de succursales de chaînes de cafés à Montréal que dans n’importe autre grande ville, mais qu’une proportion significative de ces cafés est originaire de Montréal. Si l’existence de chaînes locales de cafés n’a aucune corrélation avec la qualité moyenne du café qu’on dans une région donnée (j’ai même tendance à croire qu’il y a une corrélation inverse entre le nombre de chaînes et la qualité moyenne du café), la «conception montréalaise» du café me semble révêlée par les difficultés rencontrées par les chaînes extrogènes.

En fait, une caractéristique de la scène du café à Montréal est que la diversité est liée à la diversité de la population. Non seulement la diversité linguistique, culturelle, ethnique et sociale. Mais la diversité en terme de goûts et de perspectives. La diversité humaine à Montréal évoque l’image de la «salade mixte»: un mélange harmonieux mais avec des éléments qui demeurent distincts. D’aucuns diront que c’est le propre de toute grande ville, d’être intégrée de la sorte. D’autres diront que Montréal est moins bien intégrée que telle ou telle autre grande ville. Mais le portrait que j’essaie de brosser n’est ni plus beau, ni plus original que celui d’une autre ville. Il est simplement typique.

Outre les cafés «à la québécoise», «à l’italienne» et «troisième vague» que j’ai décrits, Montréal dispose de plusieurs cafés qui sont liés à diverses communautés. Oui, je pense à des cafés liés à des communautés culturelles, comme un café guatémaltèque ou un café libanais. Mais aussi à des cafés liés à des groupes sociaux particuliers ou à des communautés religieuses. Au point de vue du goût, le café servi à ces divers endroits n’est peut-être pas si distinctif. Mais l’expérience du café prend un sens spécifique à chacun de ces endroits.

Et si j’ai parlé presqu’exclusivement de commerces liés au café, je pense beaucoup à la dimension disons «domestique» du café.

Selon moi, la population de la région montréalaise a le potentiel d’un réel engouement pour le café de qualité. Même s’ils n’ont pas toujours une connaissance très approfondie du café et même s’il consomme du café de moins bonne qualité, plusieurs Montréalais semblent très intéressés par le café. Certains d’entre eux croient connaître le café au point de ne pas vouloir en découvrir d’autres aspects. Mais les discussions sur le goût du café sont monnaie courante parmi des gens de divers milieux, ne serait-ce que dans le choix de certains cafés.

Évidemment, ces discussions ont lieu ailleurs et le café m’a souvent aidé à m’intégrer à des réseaux sociaux de villes où j’ai habité. Mais ce que je crois être assez particulier à Montréal, c’est qu’il ne semble pas y avoir une «idéologie dominante» du café. Certains amateurs de café (et certains professionnels du café) sont très dogmatiques, voire doctrinaires. Mais je ne perçois aucune  idée sur le café qui serait réellement acquise par tous. Il y a des Tim Hortons et des Starbucks à Montréal mais, contrairement à d’autres coins du continent, il ne semble pas y avoir un café qui fait consensus.

Par contre, il y a une sorte de petite oligarchie. Quelques maisons de torréfaction et de distribution du café semblent avoir une bonne part du marché. Je pense surtout à Union, Brossard et Van Houtte (qui a aussi une chaîne de café et qui était pris à une certaine époque comme exemple de succès financier). À ce que je sache, ces trois entreprises sont locales. À l’échelle globale, l’oligarchie du monde du café est constituée par Nestlé, Sara Lee, Kraft et Proctor & Gamble. J’imagine facilement que ces multinationales ont autant de succès à Montréal qu’ailleurs dans le monde mais je trouve intéressant de penser au poids relatif de quelques chaînes locales.

Parlant de chaînes locales, je crois que certaines entreprises locales peuvent avoir un rôle déterminant dans la «Renaissance du café à Montréal». Je pense surtout à Café Terra de Carlo Granito, à Café Mystique et Toi, Moi & Café de Sevan Istanboulian, à Café Rico de Sévanne Kordahi et à la coop La Maison verte à Notre-Dame-de-Grâce. Ces choix peuvent sembler par trop personnels, voire arbitraires. Mais chaque élément me semble représentatif de la scène montréalaise du café. Carlo Granito, par exemple, a participé récemment à l’émission Samedi et rien d’autre de Radio-Canada, en compagnie de Philippe Mollé (audio de 14:30 à 32:30). Sevan Istanboulian est juge certifié du World Barista Championship et distribue ses cafés à des endroits stratégiques. Sévanne Kordahi a su concentrer ses activités dans des domaines spécifiques et ses cafés sont fort appréciés par des groupes d’étudiants (entre autres grâce à un rabais étudiant). Puis j’ai appris dernièrement que La Maison verte servait du Café Femenino qui met de l’avant une des plus importantes dimensions éthiques du monde du café.

Pour revenir au «commun des mortels», l’amateur de café. Au-delà de la spécificité locale, je crois qu’une scène du café se bâtit par une dynamique entre individus, une série de «petites choses qui finissent par faire une différence». Et c’est cette dynamique qui me rend confiant.

La communauté des enthousiastes du café à Montréal est somme toute assez petite mais bien vivante. Et je me place dans les rangs de cette communauté.

Certains d’entre nous avons participé à divers événements ensemble, comme des dégustations et des séances de préparation de café. Les discussions à propos du café se multiplient, entre nous. D’ailleurs, nous nous croisons assez régulièrement, dans l’un ou l’autre des hauts lieux du café à Montréal. D’ailleurs, d’autres dimensions du monde culinaire sont représentés parmi nous, depuis la bière artisanale au végétalianisme en passant par le chocolat et le thé. Ces liens peuvent sembler évident mais c’est surtout parce que chacun d’entre nous fait partie de différents réseaux que la communauté me semble riche. En discutant ensemble, nous en venons à parler de plusieurs autres arts culinaires au-delà du café, ce qui renforce les liens entre le café et le reste du monde culinaire. En parlant de café avec nos autres amis, nous créons un effet de vague, puisque nous participons à des milieux distincts. C’est d’ailleurs une représentation assez efficace de ce que je continue d’appeler «l’effet du papillon social»: le battement de ses ailes se répercute dans divers environnements. Si la friction n’est pas trop grande, l’onde de choc provenant de notre communauté risque de se faire sentir dans l’ensemble de la scène du café à Montréal.

Pour boucler la boucle (avant d’aller me coucher), je dois souligner le fait que, depuis peu, le lieu de rencontre privilégié de notre petit groupe d’enthousiastes est le Café Myriade.


Café à la montréalaise

Montréal est en passe de (re)devenir une destination pour le café. Mieux encore, la «Renaissance du café à Montréal» risque d’avoir des conséquences bénéfiques pour l’ensemble du milieu culinaire de la métropole québécoise.

Cette thèse peut sembler personnelle et je n’entends pas la proposer de façon dogmatique. Mais en me mêlant au milieu du café à Montréal, j’ai accumulé un certain nombre d’impressions qu’il me ferait plaisir de partager. Il y a même de la «pensée magique» dans tout ça en ce sens qu’il me semble plus facile de rebâtir la scène montréalaise du café si nous avons une idée assez juste de ce qui constitue la spécificité montréalaise.

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Microblogue d’événement

Version éditée d’un message que je viens d’envoyer à mon ami Martin Lessard.

Le contexte direct, c’est une discussion que nous avons eue au sujet de mon utilisation de Twitter, la principale plateforme de microblogue. Pendant un événement quelconque (conférence, réunion, etc.), j’utilise Twitter pour faire du blogue en temps réel, du liveblogue.

Contrairement à certains, je pense que l’utilisation du microblogue peut être adaptée aux besoins de chaque utilisateur. D’ailleurs, c’est un aspect de la technologie que je trouve admirable: la possibilité d’utiliser des outils pour d’autres usages que ceux pour lesquels ils ont été conçus. C’est là que la technologie au sens propre dépasse l’outil. Dans mon cours de culture matérielle, j’appelle ça “unintended uses”, concept tout simple qui a beaucoup d’implications en rapport aux liens sociaux dans la chaîne qui va de la conception et de la construction d’un outil jusqu’à son utilisation et son «impact» social.

Donc, mon message édité.
Je pense pas mal à cette question de tweets («messages» sur Twitter) considérés comme intempestifs. Alors je lance quelques idées.

Ça m’apporte pas mal, de bloguer en temps réel par l’entremise de Twitter. Vraiment, je vois ça comme prendre des notes en public. Faut dire que la prise de notes est une seconde nature, pour moi. C’est comme ça que je structure ma pensée. Surtout avec des “outliners” mais ça marche aussi en linéaire.

De ce côté, je fais un peu comme ces journalistes sur Twitter qui utilisent le microblogue comme carnet de notes. Andy Carvin est mon exemple préféré. Il tweete plus vite que moi et ses tweets sont aussi utiles qu’un article de journal. Ma démarche est plus proche de la «lecture active» et du sens critique, mais c’est un peu la même idée. Dans mon cas, ça me permet même de remplacer un billet de blogue par une série de tweets.

L’avantage de la prise de notes en temps réel s’est dévoilé entre autres lors d’une présentation de Johannes Fabian, anthropologue émérite qui était à Montréal pendant une semaine bien remplie, le mois dernier. Je livebloguais sa première présentation, sur Twitter. En face de moi, il y avait deux anthropologues de Concordia (Maximilian Forte et Owen Wiltshire) que je connais entre autres comme blogueurs. Les deux prenaient des notes et l’un d’entre eux enregistrait la séance. Dans mes tweets, j’ai essayé de ne pas trop résumer ce que Fabian disait mais je prenais des notes sur mes propres réactions, je faisais part de mes observations de l’auditoire et je réfléchissais à des implications des idées énoncées. Après la présentation, Maximilian me demandait si j’allais bloguer là-dessus. J’ai pu lui dire en toute franchise que c’était déjà fait. Et Owen, un de mes anciens étudiants qui travaille maintenant sur la publication académique et le blogue, a maintenant accès à mes notes complètes, avec “timeline”.
Puissante méthode de prise de notes!

L’avantage de l’aspect public c’est premièrement que je peux avoir des «commentaires» en temps réel. J’en ai pas autant que j’aimerais, mais ça reste ce que je cherche, les commentaires. Le microbloguage me donne plus de commentaires que mon blogue principal, ici même sur WordPress. Facebook me donne plus de commentaires que l’un ou l’autre, mais c’est une autre histoire.

Dans certains cas, le livebloguage donne lieu à une véritable conversation parallèle. Mon exemple préféré, c’est probablement cette interaction que j’ai eue avec John Milles à la fin de la session d’Isabelle Lopez, lors de PodCamp Montréal (#pcmtl08). On parlait de culture d’Internet et je proposais qu’il y avait «une» culture d’Internet (comme on peut dire qu’il y a «une» culture chrétienne, disons). Milles, qui ne me savait pas anthropologue, me fait alors un tweet à propos de la notion classique de culture pour les anthropologues (monolithique, spécifiée dans l’espace, intemporelle…). J’ai alors pu le diriger vers la «crise de la représentation» en anthropologie depuis 1986 avec Writing Culture de Clifford et Marcus. Il m’a par la suite envoyé des références de la littérature juridique.

Bien sûr, c’est l’idée du “backchannel” appliqué au ‘Net. Ça fonctionne de façon très efficace pour des événements comme SXSW et BarCamp puisque tout le monde tweete en même temps. Mais ça peut fonctionner pour d’autres événements, si la pratique devient plus commune.

More on this later.”

Je crois que le bloguage en temps réel lors d’événements augmente la visibilité de l’événement lui-même. Ça marcherait mieux si je mettais des “hashtags” à chaque tweet. (Les “hashtags” sont des étiquettes textuelles précédées de la notation ‘#’, qui permettent d’identifier des «messages»). Le problème, c’est que c’est pas vraiment pratique de taper des hashtags continuellement, du moins sur un iPod touch. De toutes façons, ce type de redondance semble peu utile.

More on this later.”

Évidemment, le fait de microbloguer autant augmente un peu ma propre visibilité. Ces temps-ci, je commence à penser à des façons de me «vendre». C’est un peu difficile pour moi parce que j’ai pas l’habitude de me vendre et que je vois l’humilité comme une vertu. Mais ça semble nécessaire et je me cherche des moyens de me vendre tout en restant moi-même. Twitter me permet de me mettre en valeur dans un contexte qui rend cette pratique tout à fait appropriée (selon moi).

D’ailleurs, j’ai commencé à utiliser Twitter comme méthode de réseautage, pendant que j’étais à Austin. C’était quelques jours avant SXSW et je voulais me faire connaître localement. D’ailleurs, je conserve certaines choses de cette époque, y compris des contacts sur Twitter.

Ma méthode était toute simple: je me suis mis à «suivre» tous ceux qui suivaient @BarCampAustin. Ça faisait un bon paquet et ça me permettait de voir ce qui se passait. D’ailleurs, ça m’a permis d’aller observer des événements organisés par du monde de SXSW comme Gary Vaynerchuk et Scott Beale. Pour un ethnographe, y’a rien comme voir Kevin Rose avec son «entourage» ou d’apprendre que Dr. Tiki est d’origine lavalloise. 😉

Dans les “features” du microbloguage que je trouve particulièrement intéressantes, il y a les notations en ‘@’ et en ‘#’. Ni l’une, ni l’autre n’est si pratique sur un iPod touch, du moins avec les applis qu’on a. Mais le concept de base est très intéressant. Le ‘@’ est un peu l’équivalent du ping ou trackback, pouvant servir à attirer l’attention de quelqu’un d’autre (cette notation permet les réponses directes à des messages). C’est assez puissant comme principe et ça aide beaucoup dans le livebloguage (Muriel Ide et Martin Lessard ont utilisé cette méthode pour me contacter pendant WebCom/-Camp).

More on this later.”

D’après moi, avec des geeks, cette pratique du microblogue d’événement s’intensifie. Il prend même une place prépondérante, donnant au microblogue ce statut que les journalistes ont tant de difficulté à saisir. Lorsqu’il se passe quelque-chose, le microblogue est là pour couvrir l’événement.

Ce qui m’amène à ce “later“. Tout simple, dans le fond. Des instances de microblogues pour des événements. Surtout pour des événements préparés à l’avance, mais ça peut être une structure ad hoc à la Ushahidi d’Erik Hersman.

Laconica d’Evan Prodromou est tout désigné pour remplir la fonction à laquelle je pense mais ça peut être sur n’importe quelle plateforme. J’aime bien Identi.ca, qui est la plus grande instance Laconica. Par contre, j’utilise plus facilement Twitter, entre autres parce qu’il y a des clients Twitter pour l’iPod touch (y compris avec localisation).

Imaginons une (anti-)conférence à la PodCamp. Le même principe s’applique aux événements en-ligne (du genre “WebConference”) mais les rencontres face-à-face ont justement des avantages grâce au microbloguage. Surtout si on pense à la “serendipity”, à l’utilisation de plusieurs canaux de communication (cognitivement moins coûteuse dans un contexte de coprésence), à la facilité des conversations en petits groupes et au «langage non-verbal».

Donc, chaque événement a une instance de microblogue. Ça coûte pratiquement rien à gérer et ça peut vraiment ajouter de la valeur à l’événement.

Chaque personne inscrite à l’événement a un compte de microblogue qui est spécifique à l’instance de cet événement (ou peut utiliser un compte Laconica d’une autre instance et s’inscrire sur la nouvelle instance). Par défaut, tout le monde «suit» tout le monde (tout le monde est incrit pour voir tous les messages). Sur chaque “nametag” de la conférence, l’identifiant de la personne apparaît. Chaque présentateur est aussi lié à son identifiant. Le profil de chaque utilisateur peut être calqué sur un autre profil ou créé spécifiquement pour l’événement. Les portraits photos sont privilégiés, mais les avatars sont aussi permis. Tout ce qui est envoyé à travers l’instance est archivé et catalogué. S’il y a des façons de spécifier des positions dans l’espace, de façon précise (peut-être même avec une RFID qu’on peut désactiver), ce positionnement est inscrit dans l’instance. Comme ça, on peut se retrouver plus facilement pour discuter en semi-privé. D’ailleurs, ça serait facile d’inclure une façon de prendre des rendez-vous ou de noter des détails de conversations, pour se remémorer le tout plus tard. De belles intégrations possibles avec Google Calendar, par exemple.

Comme la liste des membres de l’instance est limitée, on peut avoir une appli qui facilite les notations ‘@’. Recherche «incrémentale», carnet d’adresse, auto-complétion… Les @ des présentateurs sont sous-entendus lors des présentations, on n’a pas à taper leurs noms au complet pour les citer. Dans le cas de conversations à plusieurs, ça devient légèrement compliqué, mais on peut quand même avoir une liste courte si c’est un panel ou d’autres méthodes si c’est plus large. D’ailleurs, les modérateurs pourraient utiliser ça pour faire la liste d’attente des interventions. (Ça, c’est du bonbon! J’imagine ce que ça donnerait à L’Université autrement!)

Comme Evan Prodromou en parlait lors de PodCamp Montréal, il y a toute la question du “microcasting” qui prend de l’ampleur. Avec une instance de microblogue liée à un événement, on pourrait avoir de la distribution de fichiers à l’interne. Fichiers de présentation (Powerpoint ou autre), fichiers médias, liens, etc. Les présentateurs peuvent préparer le tout à l’avance et envoyer leurs trucs au moment opportun. À la rigueur, ça peut même remplacer certaines utilisations de Powerpoint!

Plutôt que de devoir taper des hashtags d’événements (#pcmtl08), on n’a qu’à envoyer ses messages sur l’instance spécifique. Ceux qui ne participent pas à l’événement ne sont pas inondés de messages inopportuns. Nul besoin d’arrêter de suivre quelqu’un qui participe à un tel événement (comme ç’a été le cas avec #pcmtl08).

Une fois l’événement terminé, on peut faire ce qu’on veut avec l’instance. On peut y revenir, par exemple pour consulter la liste complète des participants. On peut retravailler ses notes pour les transformer en billets et même rapports. Ou on peut tout mettre ça de côté.

Pour le reste, ça serait comme l’utilisation de Twitter lors de SXSWi (y compris le cas Lacy, que je trouve fascinant) ou autre événement geek typique. Dans certains cas, les gens envoient les tweets directement sur des écrans autour des présentateurs.

Avec une instance spécifique, les choses sont plus simple à gérer. En plus, peu de risques de voir l’instance tomber en panne, comme c’était souvent le cas avec Twitter, pendant une assez longue période.

C’est une série d’idées en l’air et je tiens pas au détail spécifique. Mais je crois qu’il y a un besoin réel et que ça aide à mettre plusieurs choses sur une même plateforme. D’ailleurs, j’y avais pas trop pensé mais ça peut avoir des effets intéressants pour la gestion de conférences, pour des rencontres en-ligne, pour la couverture médiatique d’événements d’actualités, etc. Certains pourraient même penser à des modèles d’affaire qui incluent le microblogue comme valeur ajoutée. (Différents types de comptes, possibilité d’assister gratuitement à des conférences sans compte sur l’instance…)

Qu’en pensez-vous?


Intello

C’est un billet un peu difficile à écrire, mais je crois que c’est important pour moi de le laisser sortir.

La difficulté provient du fait que mon ton va probablement sonner opiniâtre. Pire, je risque de froisser la sensibilité de certains. Et pour rendre les choses presque tragiques, je vais parler de façon négative de certains individus. C’est vraiment pas mon genre. Et il n’y a aucun jugement de valeur sur les personnes impliquées. Je pense à des comportements que je trouve quelque peu déplacés et je me sens un certain devoir d’honnêteté et de franchise, à ce sujet. Mais je sais déjà que ça peut paraître insultant.

Les personnes que j’ai choisies sont des «personnalités publiques», habituées à la brûlure de l’opinion publique. Si elles aboutissent sur ce billet, elles le concevront comme un de ces commentaires critiques mal digérés qu’elles ont l’habitude de recevoir, dans leur courrier des lecteurs. Je ne m’inquiète donc pas pour leurs réactions. Les gens qui apprécient ces personnes auront probablement avoir une réaction similaire à celle de leurs idoles. Elles n’auront sans doûte pas l’envie de revenir sur mon blogue, mais je cherche pas à me bâtir un lectorat extensif. Par contre, ce qui m’embête un peu, c’est que mes propos risquent de modifier un peu l’opinion de certaines personnes à mon égard. C’est un risque à prendre mais mes os ne sont pas de verre et le jeu en vaut la chandelle.

Mais avant d’accuser des gens, une mise en contexte.

Comme c’est probablement évident, je réfléchis ces temps-ci aux «intellectuels», à la perception de l’intelligence et à divers personnages sociaux. Le présent billet s’inscrit en continuité assez directe, dans mon esprit, avec trois billets que j’ai écrits au cours des deux derniers mois, dont deux en anglais et un en français.

Dans une certaine mesure, le présent billet me trottait dans la tête pendant que j’écrivais ces autres billets. Je peux entrer dans le vif du sujet: ce qu’est un «intello», selon moi.

Non, je n’utilise pas «intello» comme simple diminutif d’«intellectuel». Et ce n’est pas même une question de préciser des connotations négatives ou positives. Je parle de personnages sociaux distincts. Pour être le plus franc possible, je m’assume en tant qu’«intellectuel» mais je souhaite ardemment ne pas être un «intello». Pour moi, l’«intello» n’a de l’«intellectuel» que l’apparence et non la substance. En somme, l’intello est un «pseudo-intellectuel».

Vous me voyez probablement venir, mais je veux être précis. Je ne parle pas ici de «mauvais intellectuels» ou d’intellectuels que je juge comme inférieurs. Je parle de personne qui adoptent un comportement qui fait appel au personnage de l’intellectuel par pur désir de positionnement social. Bref, des imposteurs.

Le mot est fort mais il me semble d’autant plus approprié qu’il est utilisé pour désigner ce que les coachs de vie appellent «le syndrome de l’imposteur» (“impostor syndrome” ou “imposter syndrome”, en anglais). Je m’intéresse beaucoup à cette notion d’imposture parce que la plupart des descriptions qui en sont faites semblent correspondre très précisémment à quelque-chose que je ressentais de façon très forte jusqu’à tout récemment. D’ailleurs, c’est en passant à travers cette impression d’imposture que j’ai réussi à atteindre de nouveau la sérénité.

C’est quoi, ce «syndrome de l’imposteur»? Eh bien, déjà, c’est pas vraiment un «syndrome». C’est plutôt une façon de décrire un ensemble de phénomènes psychiques qui semblent affecter certaines personnes, surtout celles qui semblent réussir.

La base, c’est un sentiment que notre réussite n’est pas basée sur des capacités concrètes, liées à nos réussites, mais sur la chance, le charme ou une espèce d’inertie. «Si j’atteins ce niveau c’est parce que les gens m’assignent des qualités que je n’ai pas, parce que je suis bien tombé(e), ou parce que je suis simplement resté(e) assez longtemps dans cette position.» Les recherches originales sur ce phénomène, par Clance et Imes, portaient sur des «femmes qui réussissent» (“high achieving women“). Mais le même phénomène se produit chez des hommes.

Après avoir pu identifier ce phénomène chez moi, j’ai non seulement effectué certaines réflexions introspectives mais j’ai eu l’occasion d’en discuter avec plusieurs personnes. Les réactions varient passablement, d’une personne à l’autre. Une personne dont le parcours académique me semble le plus intéressant m’a récemment avoué avoir longtemps souffert de cette impression d’imposture (et je parle de quelqu’un avec beaucoup de prestige). Plusieurs autres personnes ont parlé de ce phénomène comme étant inévitable ou du moins très courant, surtout dans le milieu académique. D’autres encores ont eu une attitude somme toute assez condescendante à l’égard de celles et ceux qui sont affecté(e)s par cette impression d’imposture. Et plusieurs personnes, y compris des psychologues, m’ont permis de trouver une issue personnelle à la paralysie que cette impression semble provoquer.

Et c’est vraiment tout simple: les vrais imposteurs ne se posent pas la question s’ils sont ou non imposteurs.

Je sais pas si c’est une affirmation si valide. Mais cette simple idée m’a beaucoup aidé à comprendre que ce sentiment d’imposture était, du moins dans mon cas, basé sur des critères inappropriés.

Pour revenir à l’intello comme imposteur. D’après moi, l’intello est celui (ou celle, il y a certaines femmes comme ça) qui ne se pose pas de question par rapport à son imposture intellectuelle. Ça semble simpliste, comme définition. Mais, en contexte, ça fonctionne.

Et ça me fait penser à plusieurs représentations de cet intello. Peut-être ma préférée, c’est dans une chanson de Brel sur Les paumés du petit matin (version vidéo, à partir de 3:25). Mon interprétation des paroles de cette chanson tourne autour du fait que les personnages décrits sont des intellos, qui font semblant d’être des intellectuels. Le passage qui me semble le plus pertinent à cet égard:

Ils se racontent à minuit
Les poèmes qu’ils n’ont pas lus
Les romans qu’ils n’ont pas écrits
Les amours qu’ils n’ont pas vécues
Les vérités qui ne servent à rien

Tout de suite, je me mets à me poser toutes sortes de questions par rapport à mes propres agissements. «Ai-je fait ça, moi?» J’ai beau être sorti de l’impasse, j’ai encore certains réflexes. Et le fait est que j’ai déjà discuté de chacun de ces sujets sans en avoir d’expérience directe. Par contre, même si je suis honnête au sujet de mon expérience indirecte, je continue à me poser des questions. Selon mon interprétation de cette chanson de Brel, ceux qu’il décrivait n’étaient ni honnête ni porté à la remise en question.

Un passage, plus tôt dans la chanson, sonne comme une description très directe de ce que craignent ceux qui se croient imposteurs:

Elles elles ont l’arrogance
Des filles qui ont de la poitrine
Eux ils ont cette assurance
Des hommes dont on devine
Que le papa a eu de la chance

La différence, encore là, entre les vrais imposteurs et ceux qui craignent de l’être, c’est dans l’attitude: l’arrogance et l’assurance. Rien de mal avec l’assurance, c’est une attitude qui peut être révélatrice d’une saine estime de soi. Et l’arrogance n’est pas un crime. Mais ce genre d’attitude est la base même de ce que j’ai décrié dans des billets précédents.

Donc, contrairement à l’intellectuel, l’intello fait preuve d’arrogance ou d’assurance excessive. Ça semble clair. Mais est-ce suffisant?

Je sais pas. Surtout que j’ai acquis pas mal d’assurance, au cours des derniers mois, et mon attitude a balancé d’un côté moins humble, pendant un certain temps. C’était une des bases de mon billet sur l’égocentrisme. Je crois par contre être revenu à mon attitude usuelle qui, sans être excessivement humble, n’en est pas arrogante pour autant. Du moins, selon moi. Peut-être ai-je tort et je serais dans ce cas un intello. Soit. Mais, au moins, je réfléchis sérieusement à la question et si je m’assume en tant qu’intellectuel ce n’est pas pour m’affubler d’un titre mais bien pour accepter une étiquette qui m’a collé à la peau toute ma vie.

On revient finalement à ceux que j’accuse d’être des intellos. Et c’est la partie difficile de ce billet, malgré toutes mes précautions. Je n’ai pas encore décidé combien de personnes il me serait approprié de nommer, dans ce contexte. Mais je vais commencer avec deux. Je n’ajouterai pas de liens vers leurs profils parce que mon but n’est pas d’attirer leur attention. Tel que mentionné plus haut, j’ai pas non plus peur qu’elles puissent lire ce billet.

Donc, vous voulez des noms?

[Roulement de tambour…]

Richard Martineau et John C. Dvorak.

Voilà, c’est dit.

Bon, pour ceux qui me connaissent, c’est peut-être pas très surprenant. Et ce sont deux journalistes assez controversés, ce qui m’empêche de craindre de leur causer du tort. Mais, vraiment, je perçois ces deux personnages comme des intellos: des imposteurs de l’intellect.

Martineau me rend la tâche facile. Pour les Québécois francophones, surtout ceux qui connaissent beaucoup de vrais intellectuels, la preuve de l’imposture de Martineau est dans son comportement-même. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Richard Martineau peut être décrire comme un chroniqueur au style provocateur qui se prononce sur divers sujets d’actualités à travers diverses tribunes. En d’autres termes, c’est un de ces journaleux qui sont à la fois gueulards (Martineau s’est longtemps affublé du titre de «grande gueule») et susceptibles. C’est le type qui gueule, qui a des propos à l’emporte-pièce, qui se moque des gens et qui ne supporte pas la moindre petite critique, même justifiée et constructive.

Du moins, son personnage. Je parle pas vraiment de Richard Martineau lui-même, que je n’ai jamais rencontré. Je parle de sa persona, du masque social qu’il s’est créé. Tout comme ceux qui craignent d’être imposteurs, Martineau semble avoir des problèmes d’estime de soi. Mais contrairement à ceux qui parlent de souffrir de l’impression d’être des imposteurs, Martineau semble n’avoir s’assumer dans le personnage. Il raconte «des vérités qui ne servent à rien» en revendiquant le droit de le faire. Ce qui fait de lui un personnage désagréable mais qui n’implique rien sur sa personne. Si c’est un rôle qu’il joue, il le joue avec brio et je l’en félicite.

Mon choix de Martineau comme cible de l’étiquette d’«intello» n’est pas complètement anodin. Un des rares propos personnalisé et désobligeants (des «mots d’esprits» à la Ridicule) que j’ai vraiment apprécié, c’est cette phrase de Dany Laferrière:

Richard Martineau vit intellectuellement au-dessus de ses moyens, un jour, il va faire faillite.

Non seulement c’est bien trouvé, mais c’est une analyse pénétrante (“insightful”). C’est aussi très insultant.

Oui, je sais, il y a eu toute une polémique à ce sujet. Mais je n’essaie pas de m’immiscer dans cette polémique. D’ailleurs, c’est pour cette raison que je n’ajoute aucun lien vers les multiples billets de blogues traitant de cette polémique. Mais je crois que ça aide à cerner le concept d’intello: comme un frimeur qui s’achète une bagnole qu’il n’a pas les moyens de s’acheter, l’intello se rend propriétaire d’idées qu’il ne peut soutenir. Je sais pas pour vous, mais je trouve ça très parlant, comme concept. Et même si je trouve que le «Martineau le personnage» est un bon exemple de cette crise intellectuelle, je pense plutôt à des comportements dangereux.

Bon, ma deuxième cible, maintenant: John C. Dvorak. Il est probablement moins connu des Francophones que Martineau qui, lui-même, tient sa notoriété au «Paysage audiovisuel québécois». C’est donc une cible relativement peu risquée pour moi puisque ses fans sont surtout anglophones. Mais je connais personnellement des gens qui l’apprécient, y compris des gens qui liront peut-être ces lignes. Alors il y a quand même un certain risque.

Donc, qui est Dvorak? Pour simplifier, c’est un chroniqueur américain sur les nouvelles technologiques. Un type qui aime bien provoquer en tenant des propos frôlant l’absurdité. Il a parfois été assez explicite sur ses intentions: il provoque les gens pour attirer les lecteurs ou pour obtenir plus de traffic. Dans la logique journaleuse, c’est légitime, mais je crois que c’est aussi une marque d’imposture.

Tout comme avec Martineau, je ne parle pas de l’individu mais bien du personnage. J’ai rien contre Dvorak, que je ne connais pas personnellement. Je le trouve pas spécialement attachant mais j’imagine que j’aurais du plaisir à le rencontrer. Mais je trouve son comportement irrespectueux, méprisant, arrogant et, simplement, inapproprié.

Je pense surtout à ses apparitions sur la baladodiffusion de Leo Laporte, This Week in Tech (TWiT). Mais pas exclusivement. «Dvorak le personnage» est le même, peu importe le contexte. Du moins, c’est l’impression que j’en ai. Sa présence à TWiT est l’objet de discussions, parfois motivée par mes propres réactions. L’idée, c’est que comme Martineau, le personnage est controversé. Ce n’est pas une question de prendre position, pour moi. Mais d’établir un concept.

Comme Martineau, Dvorak est à la fois «grande gueule» et susceptible. Un peu comme Martineau avec Laferrière, Dvorak a eu des difficultés avec Jason Calacanis. Pourtant, Calacanis n’a pas été aussi désobligeant à l’égard de Dvorak que Laferrière a été à l’égard de Martineau. La différence tient peut-être au contexte linguistique (les Anglophones accordent moins d’importance aux «mots d’esprit») mais, aussi, je perçois Calacanis comme quelqu’un de très respectueux et un vrai humaniste. Toujours est-il que, selon ce que j’ai pu comprendre, Dvorak refuse de participer à TWiT si Calacanis est présent. Je crois que le contraire n’est pas vrai: Calacanis semble n’avoir aucune animosité par rapport à Dvorak. Tout au plus, Calacanis s’amuse parfois à imiter Dvorak, ce que Dvorak lui-même fait à l’occasion.

Dvorak est un bougon. C’est un peu le «schtroumpf grognon» de l’actualité technologique. Il participe à une émission intitulée Cranky Geeks, et le terme “cranky” correspond plus ou moins à «irritable» en français. En d’autres termes, il a un «mauvais caractère». Mais cette dimension du personnage n’a que peu d’importance, pour moi, même si c’est un peu la cible de mon billet sur les “curmudgeons”. C’est une attitude que je trouve désagréable et j’ai de la difficulté à lui trouver une valeur positive. Mais je peux accepter cette attitude.

Tant qu’elle n’est pas méprisante.

Selon moi, Dvorak est méprisant et imbu de lui-même. Bien au-delà du style conversationnel à haut engagement (“high involvement style”) dans lequel la parole de l’un peut chevaucher avec la parole de l’autre, John C. Dvorak s’accapare les tours de parole d’une façon si agressive qu’il m’est difficile de croire qu’il ne se prend pas pour l’analyste le plus fin de l’assemblée. Et s’il prétend ramener les intervenants à l’ordre, lors de This Week in Tech, c’est souvent lui qui fait dévier la conversation sur les sujets les plus tangentiels. Oh, j’aime bien les tangentes. Mais la façon dont Dvorak impose ces tangentes me semble littéralement malhonnête.

Et pour revenir au statut d’intello. Dvorak a probablement une intelligence tout à fait raisonnable, selon notre définition de l’intelligence. Je n’ai pas l’impression qu’il manque d’intelligence. Mais, comme Martineau, j’ai l’impression que le personnage comporte une surévaluation de l’intelligence du bonhomme. Dans le cas de Dvorak, c’est surtout une question de faire des prédictions (à l’emporte-pièce), ce qui est parfois considéré comme glorieux quand elles se réalisent (et peut-être pas si désastreux quand elles ne se réalisent pas). Comme Dvorak a fait à peu près n’importe quelle prédiction possible, il devient difficile de le prendre au sérieux. Pas que c’est si important, selon moi, d’être pris au sérieux. Mais, bon, puisque Dvorak parle régulièrement de tout ce qu’il a déjà dit, le personnage donne l’impression que le sérieux est important dans son cas.

Comme avec Martineau, je ne me préoccupe pas tellement de l’individu. Je pense au personnage dans un contexte presque allégorique. Dvorak représente une abstraction de l’intello, celui qui énonce sans écouter. Dvorak est d’ailleurs si insultant et méprisant que le fait de le mettre en parallèle avec Martineau semble insultant pour Martineau. Mais, ça, c’est un personnage.

Un personnage d’intellectuel qui est usurpé par un intello. C’est pas un crime, mais ça mérite un billet.

Et maintenant que je l’écris, ça va me faire plaisir de le publier, sans même le relire, ce billet. C’est exaltant de pouvoir s’exprimer de la sorte.

Bien entendu, je m’attends à recevoir toutes sortes de commentaires désobligeants. Mais je peux vivre avec ça. Encore une fois, mes os ne sont pas de verre.

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Ce que mes amis sont devenus

Quelques anciens de Notre-Dame-de-PontmainOn a bien vieilli!

Quelques anciens de Notre-Dame-de-Pontmain

C’est-tu pas une belle gang, ça? Nous étions quelques anciens de l’école primaire Notre-Dame-de-Pontmain de Laval à bruncher ensemble en ce dimanche, 26 octobre 2008. Une journée à marquer d’une pierre blanche.

via Facebook | Photos de Notre-Dame-de-Pontmain

Il y a quelque-chose de profond dans le fait de revoir des amis d’enfance. Vraiment. C’est un peu difficile à verbaliser, mais ça se comprend bien.

Il y a un peu plus d’un an, je me demandais ce que mes amis étaient devenus. Je cherchais alors à contacter quelques personnes pour les inviter à mon anniversaire de mariage. C’est d’ailleurs en préparant cet anniversaire que j’ai parcouru des réseaux d’anciens. Suite à cet anniversaire, j’ai manifesté ma fierté d’avoir des amis si fascinants. Aujourd’hui, je souhaite de nouveau célébrer l’amitié.

Pour un papillon social, c’est pas très surprenant. J’aime entrer en contact avec les gens, que je les aie connus plus tôt ou non. Que voulez-vous, j’aime le monde. Tel que mentionné dans un billet précédent, je me suis autrefois senti ostracisé. Je sais pas s’il y a une causalité entre mon identité comme papillon social et mon enfance, mais je trouve que c’est un pattern intéressant: le type porté vers les autres, qui passe une enfance plutôt solitaire, devient un papillon social à l’âge adulte. L’image de la «chenille sociale» est assez forte aussi!

Outre la publication de cette photo, ce qui me motive à écrire ce billet c’est Facebook. Si si! Parce que ce petit groupe d’anciens poursuit la discussion. Parce qu’on se «retrouve», dans un sens très profond, grâce à Facebook. Et parce que j’ai revisité ma liste d’amis sur Facebook et je suis encore plus fier.

Voyez-vous, je créais une «liste d’amis» sur Facebook, pour ces anciens du primaire. Cette fonction de liste d’amis sur Facebook est un peu limitée mais elle peut être utile si, comme tout semble l’indiquer, notre groupe d’anciens décide d’organiser d’autres événements. Pour organiser le brunch, j’ai fait parvenir une invitation à tous les membres du groupe Facebook des anciens de notre école alors que j’aurais mieux fait de cibler ceux de ma «cohorte». C’est un petit détail pratique, mais ça m’a permis de réfléchir.

Parce qu’en créant cette liste d’amis, je me suis rendu compte à quel point j’ai une idée assez précise de ce qui me lie à chacun de mes contacts sur Facebook. Dans ce cas-ci, j’ai rapidement pu sélectionner ceux que j’ai rencontrés au primaire, ceux que j’ai connus au secondaire et ceux avec qui je suis allé au Cégep. Parmi les autres, il y a des blogueurs, des musiciens, des spécialistes de la bière et/ou du café, des collègues du milieu académique, quelques amis de mes amis, quelques anciens étudiants et quelques personnes qui ont manifesté un intérêt spécifique à mon égard. Pour le reste, ce sont des gens que j’ai rencontré en-ligne ou hors-ligne, généralement dans un contexte spécifique. Sur 471 contacts que j’ai sur Facebook à l’heure actuelle, moins d’une trentaine (27, pour être précis) que je n’étais pas en mesure d’identifier immédiatement. Parmi eux, peut-être trois ou quatre par rapport auxquels persiste une certaine ambiguïté. Et plusieurs personnes qui font partie de mon réseau direct mais que je n’ai pas rencontré très directement. En d’autres termes, des gens avec qui j’ai des liens moins étroits mais dont la présence dans mon réseau social est «pleine de sens», surtout si on pense aux fameux «liens faibles» (“weak ties”). D’ailleurs, ces liens faibles constituent une part importante de ce que j’ai tendance à appeler «l’effet du papillon social», par référence à l’effet papillon d’Edward Lorenz. Pour mémoire (selon TF1):

Prévisibilité : est-ce que le battement des ailes d’un papillon au Brésil peut déclencher une tornade au Texas?

Enfin… J’inclue surtout cette citation pour conserver quelques notes au sujet de cet effet. C’est une sorte de digression assez égoïste.

Toujours est-il que… Nous disions donc… Ah… Oui!

«Retrouver» mes amis, mes connaissances, mes liens, ça fait battre mes ailes de papillon social.

Flap flap!


L’intellectuel s’assume

Le personnage de l’intellectuel(le) mérite bien son petit billet. D’autant que son identité est venue se loger à plusieurs reprises dans ma vie, ces derniers temps.

(Pour simplifier, et par référence à un contexte universaliste, j’utiliserai le terme «intellectuel» au masculin comme s’il était neutre.)

Oui, bien entendu, je suis moi-même un intellectuel et je m’assume en tant que tel. D’ailleurs, j’ai d’abord pensé intituler ce billet «Confessions d’un intellectuel solidaire» ou quelque-chose du genre. Mais la formule «Confessions d’un <nom><adjectif>» est déjà assez fréquente, sur ce blogue. Et je ne pense pas seulement de façon introspective à ce personnage.

D’ailleurs, c’est en lisant certains trucs au sujet de la fameuse Affaire Dreyfus que m’est venue l’idée d’écrire un billet sur la notion d’«intellectuel». Il s’avère que l’adoption du terme «intellectuel» pour désigner une certaine catégorie d’individu puisse dater de la France de la fin du XIXè siècle, y compris dans son usage anglais. Cette période historique m’a fortement influencé, surtout par la lecture de divers écrivains français de l’époque. Mais c’est moins par désir de reconstituer une réalité historique que je me mets à parler d’intellectuel que par intérêt pour la construction de personnages sociaux, quels qu’ils soient. Penser au fait que l’intellectuel est construit me permet de remettre en contexte social un ensemble de réalités qui m’apparaissent intéressantes. Surtout qu’elles peuvent facilement être liées à la «culture geek» qui m’intéresse tant, en plus de me toucher directement.

Évidemment, ce n’est pas la première fois que l’intellectuel comme personnage se retrouve sur ce blogue. Mais le contexte semblait particulièrement approprié, aujourd’hui.

Faut dire que je suis allé à un petit brunch avec des amis du primaire. Ça ne surprendra personne de savoir que ces amis me considéraient déjà comme un intellectuel à l’époque. Pas qu’ils aient utilisé le terme. Mais l’étiquette était là. Sauf que, contrairement à ce que j’ai ressenti il y a près de trente ans, cette étiquette n’était pas la base d’un rejet.

D’ailleurs, je pense souvent à la théorie de l’étiquetage. Elle était même présente dans un cours de sociologie que j’enseignais l’été dernier. Pour simplifier: les étiquettes qui nous sont collées ont des implications durables dans nos agissements sociaux. Ou, pour citer Howie Becker selon un dictionnaire suisse:

Le comportement déviant est ce que les gens étiquettent comme tel ; le déviant est celui à qui on a réussi à coller cette étiquette

(Évidemment, j’étends la notion d’étiquetage hors de la déviance au sens strict.)

Dans ce contexte, le comportement d’intellectuel est celui qui est étiquetté comme tel. L’intellectuel est celui à qui on a réussi à coller cette étiquette.

Version personnelle (que j’ai même eu l’occasion d’exposer à un ami du primaire): je me comporte en fonction de l’étiquette d’intellectuel qui a été posée sur moi, dès le jeune âge. Pas que cette étiquette est abusive: elle colle parce qu’elle trouve une surface qui s’y prête. Mais le personnage de l’intellectuel n’est pas naturel, universel, atemporel ou dénué d’ambiguïté.

Parlant d’ambiguïté, faudrait penser à le définir, cet intellectuel.

Selon Wikipedia:

Un intellectuel est une personne qui, du fait de sa position sociale, dispose d’une forme d’autorité et s’engage dans la sphère publique pour défendre des valeurs.

Pas mal. C’est un peu la base de mon premier billet sur les intellectuels. L’engagement public prend diverses formes et on comprend le lien avec l’Affaire Dreyfus.

Mais les usages communs du terme (et d’«intellectualisme» et “intellectualism“) semblent aller dans diverses autres directions. D’abord, la notion d’une intelligence «supérieure» (que les cognitivistes relativisent si bien mais qui semble consensuelle, socialement). Cette perception de l’intelligence est liée à une forme d’élitisme, l’intellectuel fait partie d’une élite particulière et exclue parfois ceux qui n’en font pas partie. Puis il y a la notion de «rationalité», l’intellectuel conçu comme étant «loin de ses émotions». Ou la maladresse et le manque d’aptitudes manuelles, le terme «intellectuel» alors utilisé pour exprimer un certain mépris. Pour aller plus loin, on peut même dire que le fait de souscrire à un certain dualisme «corps/esprit» est souvent teinté d’«intellectualisme».

Ces dénotations et connotations me semblent toutes appropriées pour décrire un type précis d’intellectuel: le «geek» (j’aime bien «geekette» pour le féminin; il y a relativement peu de femmes geeks). Le personnage du geek est une part important du stéréotype contemporain lié à l’intellectuel. Contrairement au «nerd» des années 1980, le geek a désormais une place de choix au sein de la culture populaire. Et la réhabilitation du geek constitue un mouvement contraire à une vague d’anti-intellectualisme très patente aux États-Unis et dans d’autres sociétés post-industrielles.

Penser au geek en tant qu’intellectuel permet de situer le personnage dans son contexte social. D’un point de vue professionnel, le geek typique est souvent ingénieur, informatien ou scientifique. Le contexte scolaire a souvent accordé beaucoup d’importance aux notes qu’il obtenait. Il est peut-être très apte à entreprendre diverses activités manuelles, il peut même «travailler de ses mains autant que de sa tête», mais son intellect demeure valorisé. C’est «un cerveau», un “brainiac”. Pas que son «niveau d’intelligence» est nécessairement plus élevé que la moyenne, mais le type particulier d’intelligence qui le caractérise correspond largement à l’idée qu’on se fait généralement du «quotient intellectuel»: capacité d’abstraction, sens logique, rapidité à résoudre des équations ou à se remémorer une information, minutie…

Pour revenir à la construction sociale du personnage de l’intellectuel. Malgré certaines transformations au cours du dernier siècle, l’intellectuel conserve un statut social particulier. Dans un modèle d’économie politique (à la fois dans sa version capitaliste que socialiste), l’intellectuel fait partie d’une espèce de classe sociale avec ses caractéristiques particulières. C’est un type de «col blanc» qui ne fait pas un travail très routinier. C’est aussi l’individu qui bénéficie du privilège lié à l’éducation post-secondaire dans les sociétés post-industrielles. C’est celui qui a le loisir de lire et de parfaire son apprentissage. C’est le public-cible de «La Culture», au sens raffiné du terme. C’est peut-être même un snob, un personnage hautain, l’opposé du «vrai monde».

Et c’est là que le mode introspectif me fait réagir: je suis peut-être un intellectuel, mais je suis pas snob. Si je suis «anti-» quoi que ce soit, c’est anti-snob. Et je ne considère pas l’intellectuel comme plus intelligent qu’un autre. Je considère surtout l’intellectuel comme une création des sociétés post-industrielles, basées sur la division pointue du travail social. Même que, ce snobisme, c’est ce qui me dérange le plus du fait d’être intellectuel. C’est probablement pour ça que, même si je m’assume comme intellectuel, je tente souvent d’effacer cette étiquette. «Je suis un intellectuel mais je suis aussi un bon gars.»

Dans mon cas, le fait d’être considéré comme un intellectuel a beaucoup de lien avec mon éloquence perçue. On m’a toujours considéré comme éloquent. Enfant, déjà, je «parlais bien». Du moins, c’est ce qu’on a dit de moi (pas plus tard qu’aujourd’hui). Bon, d’accord, comme l’art oratoire a toujours été valorisé dans ma famille, j’ai probablement été porté à m’amuser avec le verbe. Aussi, je lisais déjà beaucoup, enfant. Et j’écrivais: à l’âge de dix ans, je tapais à la dactylo un petit texte au sujet de la perfection (qui semble logiquement impossible puisqu’elle est une absence de défaut). Et j’avais l’occasion de m’exprimer. Auprès d’adultes, surtout.

D’ailleurs, c’est probablement un point très important. Tout jeune, j’avais des rapports assez étroits avec plusieurs adultes (des amis de mes parents, surtout). J’étais souvent le seul enfant parmi de nombreux adultes. Plusieurs d’entre eux étaient profs (comme mon père). On m’écoutait avec intérêt. Dans une certaine mesure, j’étais presque pavané comme un animal de cirque qui pouvait discourir sur tout et sur rien. Mon père a souvent parlé de tout ça comme d’un problème fondamental. Peut-être par extension, mon étiquette d’intellectuel était perçue comme un problème. Fondamental.

Je considère aujourd’hui que je me suis bien développé. Je suis ce que j’ai toujours voulu être et je peux parfois faire ce que j’ai toujours voulu faire. Je devrais pas avoir honte.

D’être un intellectuel.


Éloge de la courtoisie en-ligne

Nous y voilà!

Après avoir terminé mon billet sur le contact social, j’ai reçu quelques commentaires et eu d’autres occasions de réfléchir à la question. Ce billet faisait suite à une interaction spécifique que j’ai vécue hier mais aussi à divers autres événements. En écrivant ce billet sur le contact social, j’ai eu l’idée (peut-être saugrenue) d’écrire une liste de «conseils d’ami» pour les gens qui désirent me contacter. Contrairement à mon attitude habituelle, j’ai rédigé cette liste dans un mode assez impératif et télégraphique. C’est peut-être contraire à mon habitude, mais c’est un exercice intéressant à faire, dans mon cas.

Bien qu’énoncés sur un ton quasi-sentencieux, ces conseils se veulent être des idées de base avec lesquelles je travaille quand on me sollicite (ce qui arrive plusieurs fois par jour). C’est un peu ma façon de dire: je suis très facile à contacter mais voici ce que je considère comme étant des bonnes et mauvaises idées dans une procédure de contact. Ça vaut pour mes lecteurs ici, pour mes étudiants (avant que je aie rencontrés), pour des contacts indirects, etc.

Pour ce qui est du «contact social», je parlais d’un contexte plus spécifique que ce que j’ai laissé entendre. Un des problèmes, c’est que même si j’ai de la facilité à décrire ce contexte, j’ai de la difficulté à le nommer d’une façon qui soit sans équivoque. C’est un des mondes auxquels je participe et il est lié à l’«écosystème geek». En parlant de «célébrité» dans le billet sur le contact social, je faisais référence à une situation assez précise qui est celle de la vie publique de certaines des personnes qui passent le plus clair de leur temps en-ligne. Les limites sont pas très claires mais c’est un groupe de quelques millions de personnes, dont plusieurs Anglophones des États-Unis, qui entrent dans une des logiques spécifiques de la socialisation en-ligne. Des gens qui vivent et qui oeuvrent dans le média social, le marketing social, le réseau social, la vie sociale médiée par les communications en-ligne, etc.

Des «socialiseurs alpha», si on veut.

C’est pas un groupe homogène, loi de là. Mais c’est un groupe qui a ses codes, comme tout groupe social. Certains individus enfreignent les règles et ils sont ostracisés, parfois sans le savoir.

Ce qui me permet de parler de courtoisie.

Un des trucs dont on parle beaucoup dans nos cours d’introduction, en anthropologie culturelle, c’est la diversité des normes de politesse à l’échelle humaine. Pas parce que c’est une partie essentielle de nos recherches, mais c’est souvent une façon assez efficace de faire comprendre des concepts de base à des gens qui n’ont pas (encore) de formation ethnographique ou de regard anthropologique. C’est encore plus efficace dans le cas d’étudiants qui ont déjà été formés dans une autre discipline et qui ont parfois tendance à ramener les concepts à leur expérience personnelle (ce qui, soit dit en passant, est souvent une bonne stratégie d’apprentissage quand elle est bien appliquée). L’idée de base, c’est qu’il n’y a pas d’«universal», de la politesse (malgré ce que disent Brown et Levinson). Il n’y a pas de règle universelle de politesse qui vaut pour l’ensemble de la population humaine, peu importe la distance temporelle ou culturelle. Chaque contexte culturel est bourré de règles de politesse, très souvent tacites, mais elles ne sont pas identiques d’un contexte à l’autre. Qui plus est, la même règle, énoncée de la même façon, a souvent des applications et des implications très différentes d’un contexte à l’autre. Donc, en contexte, il faut savoir se plier.

En classe, il y en a toujours pour essayer de trouver des exceptions à cette idée de base. Mais ça devient un petit jeu semi-compétitif plutôt qu’un réel processus de compréhension. D’après moi, ç’a un lien avec ce que les pédagogues anglophones appellent “Ways of Knowing”. Ce sont des gens qui croient encore qu’il n’existe qu’une vérité que le prof est en charge de dévoiler. Avec eux, il y a plusieurs étapes à franchir mais ils finissent parfois par passer à une compréhension plus souple de la réalité.

Donc, une fois qu’on peut travailler avec cette idée de base sur la non-universalité de règles de politesse spécifiques, on peut travailler avec des contextes dans lesquelles la politesse fonctionne. Et elle l’est fonctionnelle!

Mes «conseils d’ami» et mon «petit guide sur le contact social en-ligne» étaient à inscrire dans une telle optique. Mon erreur est de n’avoir pas assez décrit le contexte en question.

Si on pense à la notion de «blogosphère», on a déjà une idée du contexte. Pas des blogueurs isolés. Une sphère sociale qui est concentrée autour du blogue. Ces jours-ci, à part le blogue, il y a d’autres plates-formes à travers lesquelles les gens dont je parle entretiennent des rapports sociaux plus ou moins approfondis. Le micro-blogue comme Identi.ca et Twitter, par exemple. Mais aussi des réseaux sociaux comme Facebook ou même un service de signets sociaux comme Digg. C’est un «petit monde», mais c’est un groupe assez influent, puisqu’il lie entre eux beaucoup d’acteurs importants d’Internet. C’est un réseau tentaculaire, qui a sa présence dans divers milieux. C’est aussi, et c’est là que mes propos peuvent sembler particulièrement étranges, le «noyau d’Internet», en ce sens que ce sont des membres de ce groupe qui ont un certain contrôle sur plusieurs des choses qui se passent en-ligne. Pour utiliser une analogie qui date de l’ère nationale-industrielle (le siècle dernier), c’est un peu comme la «capitale» d’Internet. Ou, pour une analogie encore plus vieillotte, c’est la «Métropole» de l’Internet conçu comme Empire.

Donc, pour revenir à la courtoisie…

La spécificité culturelle du groupe dont je parle a créé des tas de trucs au cours des années, y compris ce qu’ils ont appelé la «Netiquette» (de «-net» pour «Internet» et «étiquette»). Ce qui peut contribuer à rendre mes propos difficiles à saisir pour ceux qui suivent une autre logique que la mienne, c’est que tout en citant (et apportant du support à) certaines composantes de cette étiquette, je la remets en contexte. Personnellement, je considère cette étiquette très valable dans le contexte qui nous préoccupe et j’affirme mon appartenance à un groupe socio-culturel précis qui fait partie de l’ensemble plus vaste auquel je fais référence. Mais je conserve mon approche ethnographique.

La Netiquette est si bien «internalisée» par certains qu’elles semblent provenir du sens commun (le «gros bon sens» dont je parlais hier). C’est d’ailleurs, d’après moi, ce qui explique certaines réactions très vives au bris d’étiquette: «comment peux-tu contrevenir à une règle aussi simple que celle de donner un titre clair à ton message?» (avec variantes plus insultantes). Comme j’ai tenté de l’expliquer en contexte semi-académique, une des bases du conflit en-ligne (la “flame war”), c’est la difficulté de se ressaisir après un bris de communication. Le bris de communication, on le tient pour acquis, il se produit de toutes façons. Mais c’est la façon de réétablir la communication qui change tout.

De la même façon, c’est pas tant le bris d’étiquette qui pose problème. Du moins, pas l’occasion spécifique de manquement à une règle précise. C’est la dynamique qui s’installe suite à de nombreux manquements aux «règles de base» de la vie sociale d’un groupe précis. L’effet immédiat, c’est le découpage du ‘Net en plus petites factions.

Et, personnellement, je trouve dommage ce fractionnement, cette balkanisation.

Qui plus est, c’est dans ce contexte que, malgré mon relativisme bien relatif, j’assigne le terme «éthique» à mon hédonisme. Pas une éthique absolue et rigide. Mais une orientation vers la bonne entente sociale.

Qu’on me comprenne bien (ça serait génial!), je me plains pas du comportement des gens, je ne jugent pas ceux qui se «comportent mal» ou qui enfreignent les règles de ce monde dans lequel je vis. Mais je trouve utile de parler de cette dynamique. Thérapeutique, même.

La raison spécifique qui m’a poussé à écrire ce billet, c’est que deux des commentaires que j’ai reçu suite à mes billets d’hier ont fait appel (probablement sans le vouloir) au «je fais comme ça me plaît et ça dérange personne». Là où je me sens presqu’obligé de dire quelque-chose, c’est que le «ça dérange personne» me semblerait plutôt myope dans un contexte où les gens ont divers liens entre eux. Désolé si ça choque, mais je me fais le devoir d’être honnête.

D’ailleurs, je crois que c’est la logique du «troll», ce personnage du ‘Net qui prend un «malin plaisir» à bousculer les gens sur les forums et les blogues. C’est aussi la logique du type macho qui se plaît à dire: «Je pince les fesses des filles. Dix-neuf fois sur 20, je reçois une baffe. Mais la vingtième, c’est la bonne». Personnellement, outre le fait que je sois féministe, j’ai pas tant de problèmes que ça avec cette idée quand il s’agit d’un contexte qui le permet (comme la France des années 1990, où j’ai souvent entendu ce genre de truc). Mais là où ça joue pas, d’après moi, c’est quand cette attitude est celle d’un individu qui se meut dans un contexte où ce genre de chose est très mal considéré (par exemple, le milieu cosmopolite contemporain en Amérique du Nord). Au niveau individuel, c’est peut-être pas si bête. Mais au niveau social, ça fait pas preuve d’un sens éthique très approfondi.

Pour revenir au «troll». Ce personnage quasi-mythique génère une ambiance très tendue, en-ligne. Individuellement, il peut facilement considérer qu’il est «dans son droit» et que ses actions n’ont que peu de conséquences négatives. Mais, ce qui se remarque facilement, c’est que ce même individu tolère mal le comportement des autres. Il se débat «comme un diable dans le bénitier», mais c’est souvent lui qui «sème le vent» et «récolte la tempête». Un forum sans «troll», c’est un milieu très agréable, “nurturing”. Mais il n’est besoin que d’un «troll» pour démolir l’atmosphère de bonne entente. Surtout si les autres membres du groupes réagissent trop fortement.

D’ailleurs, ça me fait penser à ceux qui envoient du pourriel et autres Plaies d’Internet. Ils ont exactement la logique du pinceur de femmes, mais menée à l’extrême. Si aussi peu que 0.01% des gens acceptent le message indésirable, ils pourront en tirer un certain profit à peu d’effort, peu importe ce qui affecte 99.99% des récipiendaires. Tant qu’il y aura des gens pour croire à leurs balivernes ou pour ouvrir des fichiers attachés provenant d’inconnus, ils auront peut-être raison à un niveau assez primaire («j’ai obtenu ce que je voulais sans me forcer»). Mais c’est la société au complet qui en souffre. Surtout quand on parle d’une société aussi diversifiée et complexe que celle qui vit en-ligne.

C’est intéressant de penser au fait que la culture en-ligne anglophone accorde une certaine place à la notion de «karma». Depuis une expression désignant une forme particulière de causalité à composante spirituelle, cette notion a pris, dans la culture geek, un acception spécifique liée au mérite relatif des propos tenus en-ligne, surtout sur le vénérable site Slashdot. Malgré le glissement de sens de causalité «mystique» à évaluation par les pairs, on peut lier les deux concepts dans une idée du comportement optimal pour la communication en-ligne: la courtoisie.

Les Anglophones ont tendance à se fier, sans les nommer ou même les connaître, aux maximes de Grice. J’ai beau percevoir qu’elles ne sont pas universelles, j’y vois un intérêt particulier dans le contexte autour duquel je tourne. L’idée de base, comme le diraient Wilson et Sperber, est que «tout acte de communication ostensive communique la présomption de sa propre pertinence optimale». Cette pertinence optimale est liée à un processus à la fois cognitif et communicatif qui fait appel à plusieurs des notions élaborées par Grice et par d’autres philosophes du langage. Dans le contexte qui m’intéresse, il y a une espèce de jeu entre deux orientations qui font appel à la même notion de pertinence: l’orientation individuelle («je m’exprime») souvent légaliste-réductive («j’ai bien le droit de m’exprimer») et l’orientation sociale («nous dialoguons») souvent éthique-idéaliste («le fait de dialoguer va sauver le monde»).

Aucun mystère sur mon orientation préférée…

Par contre, faut pas se leurrer: le fait d’être courtois, en-ligne, a aussi des effets positifs au niveau purement individuel. En étant courtois, on se permet très souvent d’obtenir de réels bénéfices, qui sont parfois financiers (c’est comme ça qu’on m’a payé un iPod touch). Je parle pas d’une causalité «cosmique» mais bien d’un processus précis par lequel la bonne entente génère directement une bonne ambiance.

Bon, évidemment, je semble postuler ma propre capacité à être courtois. Il m’arrive en fait très souvent de me faire désigner comme étant très (voire trop) courtois. C’est peut-être réaliste, comme description, même si certains ne sont peut-être pas d’accord.

À vous de décider.


Le petit guide du contact social en-ligne (brouillon)

Je viens de publier un «avis à ceux qui cherchent à me contacter». Et je pense à mon expertise au sujet de la socialisation en-ligne. Ça m’a donné l’idée d’écrire une sorte de guide, pour aider des gens qui n’ont pas tellement d’expérience dans le domaine. J’ai de la difficulté à me vendre.

Oui, je suis un papillon social. Je me lie facilement d’amitié avec les gens et j’ai généralement d’excellents contacts. En fait, je suis très peu sélectif: à la base, j’aime tout le monde.

Ce qui ne veut absolument pas dire que mon degré d’intimité est constant, peu importe l’individu. En fait, ma façon de gérer le degré d’intimité est relativement complexe et dépend d’un grand nombre de facteurs. C’est bien conscient mais difficile à verbaliser, surtout en public.

Et ça m’amène à penser au fait que, comme plusieurs, je suis «très sollicité». Chaque jour, je reçois plusieurs requêtes de la part de gens qui veulent être en contact avec moi, d’une façon ou d’une autre. C’est tellement fréquent, que j’y pense peu. Mais ça fait partie de mon quotidien, comme c’est le cas pour beaucoup de gens qui passent du temps en-ligne (blogueurs, membres de réseaux sociaux, etc.).

Évidemment, un bon nombre de ces requêtes font partie de la catégorie «indésirable». On pourrait faire l’inventaire des Dix Grandes Plaies d’Internet, du pourriel jusqu’à la sollicitation  intempestive. Mais mon but ici est plus large. Discuter de certaines façons d’établir le contact social. Qu’il s’agisse de se lier d’amitié ou simplement d’entrer en relation sociale diffuse (de devenir la «connaissance» de quelqu’un d’autre).

La question de base: comment effectuer une requête appropriée pour se mettre en contact avec quelqu’un? Il y a des questions plus spécifiques. Par exemple, comment démontrer à quelqu’un que nos intentions sont légitimes? C’est pas très compliqué et c’est très rapide. Mais ça fait appel à une logique particulière que je crois bien connaître.

Une bonne partie de tout ça, c’est ce qu’on appelle ici «le gros bon sens». «Ce qui devrait être évident.» Mais, comme nous le disons souvent en ethnographie, ce qui semble évident pour certains peut paraître très bizarre pour d’autres. Dans le fond, le contact social en-ligne a ses propres contextes culturels et il faut apprendre à s’installer en-ligne comme on apprend à emménager dans une nouvelle région. Si la plupart des choses que je dis ici semblent très évidentes, ça n’implique pas qu’elles sont bien connues du «public en général».

Donc, quelle est la logique du contact social en-ligne?

Il faut d’abord bien comprendre que les gens qui passent beaucoup de temps en-ligne reçoivent des tonnes de requêtes à chaque jour. Même un papillon social comme moi finit par être sélectif. On veut bien être inclusifs mais on veut pas être inondés, alors on trie les requêtes qui nous parviennent. On veut bien faire confiance, mais on veut pas être dupes, alors on se tient sur nos gardes.

Donc, pour contacter quelqu’un comme moi, «y a la manière».

Une dimension très importante, c’est la transparence. Je pense même à la «transparence radicale». En se présentant aux autres, vaut mieux être transparent. Pas qu’il faut tout dévoiler, bien au contraire. Il faut «contrôler son masque». Il faut «manipuler le voile». Une excellente façon, c’est d’être transparent.

L’idée de base, derrière ce concept, c’est que l’anonymat absolu est illusoire. Tout ce qu’on fait en-ligne laisse une trace. Si les gens veulent nous retracer, ils ont souvent la possibilité de le faire. En donnant accès à un profil public, on évite certaines intrusions.

C’est un peu la même idée derrière la «géolocation». Dans «notre monde post-industriel», nous sommes souvent faciles à localiser dans l’espace (grâce, entre autres, à la radio-identification). D’un autre côté, les gens veulent parfois faire connaître aux autres leur situation géographique et ce pour de multiples raisons. En donnant aux gens quelques informations sur notre présence géographique, on tente de contrôler une partie de l’information à notre sujet. La «géolocation» peut aller de la très grande précision temporelle et géographique («je suis au bout du comptoir de Caffè in Gamba jusqu’à 13h30») jusqu’au plus vague («je serai de retour en Europe pour une période indéterminée, au cours des six prochains mois»). Il est par ailleurs possible de guider les gens sur une fausse piste, de leur faire croire qu’on est ailleurs que là où on est réellement. Il est également possible de donner juste assez de précisions pour que les gens n’aient pas d’intérêt particulier à nous «traquer». C’est un peu une contre-attaque face aux intrusions dans notre vie privée.

Puisque plusieurs «Internautes» ont adopté de telles stratégies contre les intrusions, il est important de respecter ces stratégies et il peut être utile d’adopter des stratégies similaires. Ce qui implique qu’il faudrait accepter l’image que veut projeter l’individu et donner à cet individu la possibilité de se faire une image de nous.

Dans la plupart des contextes sociaux, les gens se dévoilent beaucoup plus facilement à ceux qui se dévoilent eux-mêmes. Dans certains coins du monde (une bonne partie de la blogosphère mais aussi une grande partie de l’Afrique), les gens ont une façon très sophistiquée de se montrer très transparents tout en conservant une grande partie de leur vie très secrète. Se cacher en public. C’est une forme radicale de la «présentation de soi». Aucune hypocrisie dans tout ça. Rien de sournois. Mais une transparence bien contrôlée. Radicale par son utilité (et non par son manque de pudeur).

«En-ligne, tout le monde agit comme une célébrité.» En fait, tout le monde vit une vie assez publique, sur le ‘Net. Ce qui implique plusieurs choses. Tout d’abord qu’il est presqu’aussi difficile de protéger sa vie privée en-ligne que dans une ville africaine typique (où la gestion de la frontière entre vie publique et vie privée fait l’objet d’une très grande sophistication). Ça implique aussi que chaque personne est moins fragile aux assauts de la célébrité puisqu’il y a beaucoup plus d’information sur beaucoup plus de personnes. C’est un peu la théorie du bruit dans la lutte contre les paparazzi et autres prédateurs. C’est là où la transparence de plusieurs aide à conserver l’anonymat relatif de chacun.

D’après moi, la méthode la plus efficace de se montrer transparent, c’est de se construire un profil public sur un blogue et/ou sur un réseau social. Il y a des tas de façons de construire son profil selon nos propres besoins et intérêts, l’effet reste le même. C’est une façon de se «présenter», au sens fort du terme.

Le rôle du profil est beaucoup plus complexe que ne semblent le croire ces journalistes qui commentent la vie des «Internautes». Oui, ça peut être une «carte de visite», surtout utile dans le réseautage professionnel. Pour certains, c’est un peu comme une fiche d’agence de rencontre (avec poids et taille). Plusieurs personnes rendent publiques des choses qui semblent compromettantes. Mais c’est surtout une façon de contrôler l’image,

Dans une certaine mesure, «plus on dévoile, plus on cache». En offrant aux gens la possibilité d’en savoir plus sur nous, on se permet une marge de manœuvre. D’ailleurs, on peut se créer un personnage de toutes pièces, ce que beaucoup ont fait à une certaine époque. C’est une technique de dissimulation, d’assombrissement. Ou, en pensant à l’informatique, c’est une méthode de cryptage et d’«obfuscation».

Mais on peut aussi «être soi-même» et s’accepter tel quel. D’un point de vue «philosophie de vie», c’est pas mauvais, à mon sens.

En bâtissant son profil, on pense à ce qu’on veut dévoiler. Le degré de précision varie énormément en fonction de nos façons de procéder et en fonction des contextes. Rien de linéaire dans tout ça. Il y a des choses qu’on dévoilerait volontiers à une étrangère et qu’on n’avouerait pas à des proches. On peut maintenir une certaine personnalité publique qui est parfois plus réelle que notre comportement en privé. Et on utilise peut-être plus de tact avec des amis qu’avec des gens qui nous rencontrent par hasard.

Il y a toute la question de la vie privée, bien sûr. Mais c’est pas tout. D’ailleurs, faut la complexifier, cette idée de «vie privée». Beaucoup de ce qu’on peut dire sur soi-même peut avoir l’effet d’impliquer d’autres personnes. C’est parfois évident, parfois très subtil. La stratégie de «transparence radicale» dans le contact social en-ligne est parfois difficile à concilier avec notre vie sociale hors-ligne. Mais on ne peut pas se permettre de ne rien dire. Le tout est une question de dosage.

Il y a de multiples façons de se bâtir un profil public et elles sont généralement faciles à utiliser. La meilleure méthode dépend généralement du contexte et, outre le temps nécessaire pour les mettre à jour (individuellement ou de façon centralisée), il y a peu d’inconvénients d’avoir de nombreux profils publics sur différents services.

Personnellement, je trouve qu’un blogue est un excellent moyen de conserver un profil public. Ceux qui laissent des commentaires sur des blogues ont un intérêt tout particulier à se créer un profil de blogueur, même s’ils ne publient pas de billets eux-mêmes. Il y a un sens de la réciprocité, dans le monde du blogue. En fait, il y a toute une négociation au sujet des différences entre commentaire et billet. Il est parfois préférable d’écrire son propre billet en réponse à celui d’un autre (les liens entre billets sont répertoriés par les “pings” et “trackbacks”). Mais, en laissant un commentaire sur le blogue de quelqu’un d’autre, on fait une promotion indirecte: «modérée et tempérée» (dans tous les sens de ces termes).

Ma préférence va à WordPress.com et Disparate est mon blogue principal. Sans être un véritable réseau social, WordPress.com a quelques éléments qui facilitent les contacts entre blogueurs. Par exemple, tout commentaire publié sur un blogue WordPress.com par un utilisateur de WordPress.com sera automatiquement lié à ce compte, ce qui facilite l’écriture du commentaire (nul besoin de taper les informations) et lie le commentateur à son identité. Blogger (ou Blogspot.com) a aussi certains de ces avantages mais puisque plusieurs blogues sur Blogger acceptent les identifiants OpenID et que WordPress.com procure de tels identifiants, j’ai tendance à m’identifier à travers WordPress.com plutôt qu’à travers Google/Blogger.

Hors du monde des blogues, il y a celui des services de réseaux sociaux, depuis SixDegrees.com (à l’époque) à OpenSocial (à l’avenir). Tous ces services offrent à l’utilisateur la possibilité de créer un profil (général ou spécialisé) et de spécifier des liens que nous avons avec d’autres personnes.

Ces temps-ci, un peu tout ce qui est en-ligne a une dimension «sociale» en ce sens qu’il est généralement possible d’utiliser un peu n’importe quoi pour se lier à quelqu’un d’autre. Dans chaque cas, il y a un «travail de l’image» plus ou moins sophistiqué. Sans qu’on soit obligés d’entreprendre ce «travail de l’image» de façon très directe, ceux qui sont actifs en-ligne (y compris de nombreux adolescents) sont passés maîtres dans l’art de jouer avec leurs identités.

Il peut aussi être utile de créer un profil public sur des plates-formes de microblogue, comme Identi.ca et Twitter. Ces plates-formes ont un effet assez intéressant, au niveau du contact social. Le profil de chaque utilisateur est plutôt squelettique, mais les liens entre utilisateurs ont un certain degré de sophistication parce qu’il y a une distinction entre lien unidirectionnel et lien bidirectionnel. En fait, c’est relativement difficile à décrire hors-contexte alors je crois que je vais laisser tomber cette section pour l’instant. Un bon préalable pour comprendre la base du microbloguage, c’est ce court vidéo, aussi disponible avec sous-titres français.

Tout ça pour parler de profil public!

En commençant ce billet, je croyais élaborer plusieurs autres aspects. Mais je crois quand même que la base est là et je vais probablement écrire d’autres billets sur la même question, dans le futur.

Quand même quelques bribes, histoire de conserver ce billet «en chantier».

Un point important, d’après moi, c’est qu’il est généralement préférable de laisser aux autres le soin de se lier à nous, sauf quand il y a un lien qui peut être établi. C’est un peu l’idée derrière mon billet précédent. Oh, bien sûr, on peut aller au-devant des gens dans un contexte spécifique. Si nous sommes au même événement, on peut aller se présenter «sans autre». Dès qu’il y a communauté de pratique (ou communauté d’expérience), on peut en profiter pour faire connaissance. S’agit simplement de ne pas s’accaparer l’attention de qui que ce soit et d’accepter la façon qu’a l’autre de manifester ses opinions.

Donc, en contexte (même en-ligne), on peut aller au-devant des gens.

Mais, hors-contexte, c’est une idée assez saugrenue que d’aller se présenter chez les gens sans y avoir été conviés.

Pour moi, c’est un peu une question de courtoisie. Mais il y a aussi une question de la compréhension du contexte. Même si nous réagissons tous un peu de la même façon aux appels non-solicités, plusieurs ont de la difficulté à comprendre le protocole.

Et le protocole est pas si différent de la vie hors-ligne. D’ailleurs, une technique très utile dans les contextes hors-ligne et qui a son importance en-ligne, c’est l’utilisation d’intermédiaires. Peut-être parce que je pense au Mali, j’ai tendance à penser au rôle du griot et au jeu très complexe de l’indirection, dans le contact social. Le réseau professionnel LinkedIn fait appel à une version très fruste de ce principe d’indirection, sans étoffer le rôle de l’intermédiaire. Pourtant, c’est souvent en construisant la médiation sociale qu’on comprend vraiment comment fonctionnent les rapports sociaux.

Toujours est-il qu’il y a une marche à suivre, quand on veut contacter les gens en-ligne. Ce protocole est beaucoup plus fluide que ne peuvent l’être les codes sociaux les mieux connus dans les sociétés industriels. C’est peut-être ce qui trompe les gens peu expérimentés, qui croient que «sur Internet, on peut tout faire».

D’où l’idée d’aider les gens à comprendre le contact social en-ligne.

Ce billet a été en partie motivé par une requête qui m’a été envoyée par courriel. Cette personne tentait de se lier d’amitié avec moi mais sa requête était décontextualisée et très vague. Je lui ai donc écrit une réponse qui contenait certains éléments de ce que j’ai voulu écrire ici.

Voici un extrait de ma réponse:

Si t’as toi-même un blogue, c’est une excellente façon de se présenter. Ou un compte sur un des multiples réseaux sociaux. Après, tu peux laisser le lien sur ton profil quand tu contactes quelqu’un et laisser aux autres le soin de se lier à toi, si tu les intéresses. C’est très facile et très efficace. Les messages non-sollicités, directement à l’adresse courriel de quelqu’un, ça éveille des suspicions. Surtout quand le titre est très générique ou que le contenu du message est pas suffisamment spécifique. Pas de ta faute, mais c’est le contexte.

En fait, la meilleure méthode, c’est de passer par des contacts préétablis. Si on a des amis communs, le tour est joué. Sinon, la deuxième meilleure méthode, c’est de laisser un commentaire vraiment très pertinent sur le blogue de quelqu’un que tu veux connaître. C’est alors cette personne qui te contactera. Mais si le commentaire n’est pas assez pertinent, cette même personne peut croire que c’est un truc indésirable et effacer ton commentaire, voire t’inclure dans une liste noire.

J’utilise pas Yahoo! Messenger, non. Et je suis pas assez souvent sur d’autres plateformes de messagerie pour accepter de converser avec des gens, comme ça. Je sais que c’est une technique utilisée par certaines personnes sérieuses, mais c’est surtout un moyen utilisé par des gens malveillants.

Si vous avez besoin d’aide, vous savez comment me contacter! 😉


Mot rare: queruleuse

 

 La première fois que ça m’arrive, je crois. Un seul résultat dans une recherche Google.

queruleuse – Google Search

C’est quoi l’équivalent de googlewhack, en français? 😉

Googlewhack queruleuse

Bon, faut dire que c’est probablement pas la bonne forme du mot. On dirait que c’est plutôt «querulent» que «queruleur». Mais, même dans ce cas, il n’y a que 59 résultats pour «querulente». Et, si «querulent» est donné comme équivalent de l’anglais “querulous” dans Google Translate, même «querulent» ne donne que 2100 résultats, dont plusieurs en anglais!C’est mon père, prof et psycho-pédagogue à la retraite, qui m’a mentionné ce terme, en conversation. Et je cherchais la définition. On dirait que c’est un terme vieilli mais qui aurait un usage assez intéressant.L’avantage, dans tout ça, c’est que je vais pouvoir voir combien de temps ça prend à Google pour répertorier mon blogue.Amusant! Même si je suis pas trop amateur d’«optimisation pour moteurs de recherche» (SEO).