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Brassage saisonnier

Deux nouvelles bières que j’ai l’intention de brasser aujourd’hui, grâce à une culture de levure de saison et de Brettanomyces bruxellensis, généreusement fournie par un ami. L’aspect «bière de type saison» ne sera probablement pas très fidèle aux modèles connus. L’idée, c’est d’expérimenter.

D’abord, une bière rouge, inspirée par le thé d’hibiscus:

Dablini

16-C Saison
Auteur: Alexandre Enkerli
Date: 2009-01-03

BeerTools Pro Color Graphic

Grosseur: 5,0 gal

Efficience: 75,0%

Atténuation: 75,0%

Calories: 178,84 kcal per 12,0 fl oz

Densité Initiale: 1,054 (1,048 – 1,065)

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Densité finale: 1,013 (1,002 – 1,012)

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Couleur: 18,94 (5,0 – 14,0)

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Alcool: 5,28% (5,0% – 7,0%)

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Amertume: 12,2 (20,0 – 35,0)

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Ingrédients:

3000 g American 6-row Pale
500 g Munich TYPE I
500 g Vienna Malt
500 g Caramalt 15
500 g Special B – Caramel malt
1,0 L Pomegrenate juice – Ajouté à l’ébullition bouilli 15 min
25 g Hibiscus flower (dried) – Ajouté à l’ébullition bouilli 15 min
15 g Coffee Berries (dried) – Ajouté à l’ébullition bouilli 3 min
1 oz Crystal (3,3%) – Ajouté à l’ébullition bouilli 60 min

200 mL White Labs WLP565 Belgian Saison I

Résultats générés par BeerTools Pro 1.5.2

 

Puis une bière très pale, orientée épices (presque comme une wit):

Bretteuse

16-C Saison

Auteur: Alexandre Enkerli

Date: 2009-01-03

BeerTools Pro Color Graphic

Grosseur: 5,0 gal

Efficience: 75,0%

Atténuation: 75,0%

Calories: 196,4 kcal per 12,0 fl oz

Densité Initiale: 1,059 (1,048 – 1,065)

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Densité finale: 1,015 (1,002 – 1,012)

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Couleur: 3,87 (5,0 – 14,0)

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Alcool: 5,8% (5,0% – 7,0%)

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Amertume: 12,2 (20,0 – 35,0)

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Ingrédients:

1500 g American 6-row Pale

400 g Rye Flakes

570 g Oats Flaked

28,35 g Crystal (3,3%) – Ajouté à l’ébullition bouilli 60 min

200 g Honey

13,0 tsp Corriander seeds – Ajouté à l’ébullition bouilli 5 min

20,0 tsp Clementine peel (dried) – Ajouté à l’ébullition bouilli 5 min

4,0 tsp Black Peppercorns – Ajouté à l’ébullition bouilli 5 min

4,0 tsp Grains of Paradise – Ajouté à l’ébullition bouilli 5 min

6,76 fl oz White Labs WLP565 Belgian Saison I

2500 g German 2-row Pils

Horaire:

Air ambiant: 70,0 °F

Eau de source: 60,0 °F

00:03:00 Mash-InEau d’empâtage: 3,94 gal; Amorçage: 166,34 °F; Cible: 155 °F

Résultats générés par BeerTools Pro 1.5.2


Le meilleur de la blogosphère anthropologique francophone: appel aux candidatures

Le blogue Neuroanthropology recueille présentement des candidatures pour réaliser une anthologie de la blogosphère anthropologique pour l’année 2008. Si vous tenez un blogue à caractère anthropologique ou si vous connaissez quelqu’un d’autre qui tient un tel blogue, veuillez nous envoyer un message par l’entremise du billet Anthropology Blogging 2008: Call for Submissions sur ce même blogue. Neuroanthropology cherche des anthropologues blogueurs de diverses communautés linguistiques pour qu’ils puissent soumettre leurs meilleurs billets selon deux critères: popularité et auto-sélection. Dans la catégorie «popularité», chaque blogue peut soumettre un lien sur billet celui qui a reçu le plus de visites au cours de l’année, accompagné par une courte description (une ligne ou deux) de ce qui, selon l’auteur, a permis à ce billet d’attirer autant de visites. Dans la catégorie «auto-sélection», il s’agit de soumette le meilleur billet de l’année, selon l’auteur. Les blogues collectifs (écrits par plusieurs auteurs) peuvent sélectionner deux billets du même blogue, pour cette anthologie.
Toutes les soumissions sont acceptées. Nous désirons construire une liste aussi exhaustive que possible des blogues anthropologiques, peu importe la langue.
Prière de soumettre vos candidatures d’ici au 29 décembre. L’anthologie sera mise en ligne le 31 décembre.


La Renaissance du café à Montréal

J’ai récemment publié un très long billet sur la scène du café à Montréal. Sans doûte à cause de sa longueur, ce billet ne semble pas avoir les effets escomptés. J’ai donc décidé de republier ce billet, section par section. Ce billet est la dernière section de ce long billet. Il consiste en une espèce de résumé de la situation actuelle de la scène montréalaise du café, avec un regard porté vers son avenir. Vous pouvez consulter l’introduction qui contient des liens aux autres sections et ainsi avoir un contexte plus large.

À mon humble avis, l’arrivée de la Troisième vague à Montréal nous permet maintenant d’explorer le café dans toute sa splendeur. En quelque sorte, c’était la pièce qui manquait au casse-tête.

Dans mon précédent billet, j’ai omis de comparer le café à l’italienne au café à la québécoise (outre l’importance de l’allongé). C’est en partie parce que les différences sont un peu difficile à expliquer. Mais disons qu’il y a une certaine diversité de saveurs, à travers la dimension «à la québécoise» de la scène montréalaise du café. Malgré certains points communs, les divers cafés de Montréalais n’ont jamais été d’une très grande homogénéité, au niveau du goût. Les ressemblances venaient surtout de l’utilisation des quelques maisons de torréfaction locales plutôt que d’une unité conceptuelle sur la façon de faire le café. D’ailleurs, j’ai souvent perçu qu’il y avait eu une baisse de diversité dans les goûts proposés par différents cafés montréalais au cours des quinze dernières années, et je considère ce processus de quasi-standardisation (qui n’a jamais été menée à terme) comme un aspect néfaste de cette période dans l’histoire du café à Montréal. Les nouveaux développements de la scène montréalaise du café me donne espoir que la diversité de cette scène grandit de nouveau après cette période de «consolidation».

D’ailleurs, c’est non sans fierté que je pense au fait que les grandes chaînes «étrangères» de cafés ont eu de la difficulté à s’implanter à Montréal. Si Montréal n’a eu sa première succursale Starbucks qu’après plusieurs autres villes nord-américaines et si Second Cup a rapidement dû fermer une de ses succursales montréalaises, c’est entre autres parce que la scène montréalaise du café était très vivante, bien avant l’arrivée des chaînes. D’ailleurs, plusieurs chaînes se sont développé localement avant de se disperser à l’extérieur de Montréal. Le résultat est qu’il y a probablement, à l’heure actuelle, autant sinon plus de succursales de chaînes de cafés à Montréal que dans n’importe autre grande ville, mais qu’une proportion significative de ces cafés est originaire de Montréal. Si l’existence de chaînes locales de cafés n’a aucune corrélation avec la qualité moyenne du café qu’on dans une région donnée (j’ai même tendance à croire qu’il y a une corrélation inverse entre le nombre de chaînes et la qualité moyenne du café), la «conception montréalaise» du café me semble révêlée par les difficultés rencontrées par les chaînes extrogènes.

En fait, une caractéristique de la scène du café à Montréal est que la diversité est liée à la diversité de la population. Non seulement la diversité linguistique, culturelle, ethnique et sociale. Mais la diversité en terme de goûts et de perspectives. La diversité humaine à Montréal évoque l’image de la «salade mixte»: un mélange harmonieux mais avec des éléments qui demeurent distincts. D’aucuns diront que c’est le propre de toute grande ville, d’être intégrée de la sorte. D’autres diront que Montréal est moins bien intégrée que telle ou telle autre grande ville. Mais le portrait que j’essaie de brosser n’est ni plus beau, ni plus original que celui d’une autre ville. Il est simplement typique.

Outre les cafés «à la québécoise», «à l’italienne» et «troisième vague» que j’ai décrits, Montréal dispose de plusieurs cafés qui sont liés à diverses communautés. Oui, je pense à des cafés liés à des communautés culturelles, comme un café guatémaltèque ou un café libanais. Mais aussi à des cafés liés à des groupes sociaux particuliers ou à des communautés religieuses. Au point de vue du goût, le café servi à ces divers endroits n’est peut-être pas si distinctif. Mais l’expérience du café prend un sens spécifique à chacun de ces endroits.

Et si j’ai parlé presqu’exclusivement de commerces liés au café, je pense beaucoup à la dimension disons «domestique» du café.

Selon moi, la population de la région montréalaise a le potentiel d’un réel engouement pour le café de qualité. Même s’ils n’ont pas toujours une connaissance très approfondie du café et même s’il consomme du café de moins bonne qualité, plusieurs Montréalais semblent très intéressés par le café. Certains d’entre eux croient connaître le café au point de ne pas vouloir en découvrir d’autres aspects. Mais les discussions sur le goût du café sont monnaie courante parmi des gens de divers milieux, ne serait-ce que dans le choix de certains cafés.

Évidemment, ces discussions ont lieu ailleurs et le café m’a souvent aidé à m’intégrer à des réseaux sociaux de villes où j’ai habité. Mais ce que je crois être assez particulier à Montréal, c’est qu’il ne semble pas y avoir une «idéologie dominante» du café. Certains amateurs de café (et certains professionnels du café) sont très dogmatiques, voire doctrinaires. Mais je ne perçois aucune  idée sur le café qui serait réellement acquise par tous. Il y a des Tim Hortons et des Starbucks à Montréal mais, contrairement à d’autres coins du continent, il ne semble pas y avoir un café qui fait consensus.

Par contre, il y a une sorte de petite oligarchie. Quelques maisons de torréfaction et de distribution du café semblent avoir une bonne part du marché. Je pense surtout à Union, Brossard et Van Houtte (qui a aussi une chaîne de café et qui était pris à une certaine époque comme exemple de succès financier). À ce que je sache, ces trois entreprises sont locales. À l’échelle globale, l’oligarchie du monde du café est constituée par Nestlé, Sara Lee, Kraft et Proctor & Gamble. J’imagine facilement que ces multinationales ont autant de succès à Montréal qu’ailleurs dans le monde mais je trouve intéressant de penser au poids relatif de quelques chaînes locales.

Parlant de chaînes locales, je crois que certaines entreprises locales peuvent avoir un rôle déterminant dans la «Renaissance du café à Montréal». Je pense surtout à Café Terra de Carlo Granito, à Café Mystique et Toi, Moi & Café de Sevan Istanboulian, à Café Rico de Sévanne Kordahi et à la coop La Maison verte à Notre-Dame-de-Grâce. Ces choix peuvent sembler par trop personnels, voire arbitraires. Mais chaque élément me semble représentatif de la scène montréalaise du café. Carlo Granito, par exemple, a participé récemment à l’émission Samedi et rien d’autre de Radio-Canada, en compagnie de Philippe Mollé (audio de 14:30 à 32:30). Sevan Istanboulian est juge certifié du World Barista Championship et distribue ses cafés à des endroits stratégiques. Sévanne Kordahi a su concentrer ses activités dans des domaines spécifiques et ses cafés sont fort appréciés par des groupes d’étudiants (entre autres grâce à un rabais étudiant). Puis j’ai appris dernièrement que La Maison verte servait du Café Femenino qui met de l’avant une des plus importantes dimensions éthiques du monde du café.

Pour revenir au «commun des mortels», l’amateur de café. Au-delà de la spécificité locale, je crois qu’une scène du café se bâtit par une dynamique entre individus, une série de «petites choses qui finissent par faire une différence». Et c’est cette dynamique qui me rend confiant.

La communauté des enthousiastes du café à Montréal est somme toute assez petite mais bien vivante. Et je me place dans les rangs de cette communauté.

Certains d’entre nous avons participé à divers événements ensemble, comme des dégustations et des séances de préparation de café. Les discussions à propos du café se multiplient, entre nous. D’ailleurs, nous nous croisons assez régulièrement, dans l’un ou l’autre des hauts lieux du café à Montréal. D’ailleurs, d’autres dimensions du monde culinaire sont représentés parmi nous, depuis la bière artisanale au végétalianisme en passant par le chocolat et le thé. Ces liens peuvent sembler évident mais c’est surtout parce que chacun d’entre nous fait partie de différents réseaux que la communauté me semble riche. En discutant ensemble, nous en venons à parler de plusieurs autres arts culinaires au-delà du café, ce qui renforce les liens entre le café et le reste du monde culinaire. En parlant de café avec nos autres amis, nous créons un effet de vague, puisque nous participons à des milieux distincts. C’est d’ailleurs une représentation assez efficace de ce que je continue d’appeler «l’effet du papillon social»: le battement de ses ailes se répercute dans divers environnements. Si la friction n’est pas trop grande, l’onde de choc provenant de notre communauté risque de se faire sentir dans l’ensemble de la scène du café à Montréal.

Pour boucler la boucle (avant d’aller me coucher), je dois souligner le fait que, depuis peu, le lieu de rencontre privilégié de notre petit groupe d’enthousiastes est le Café Myriade.


Café à la montréalaise

Montréal est en passe de (re)devenir une destination pour le café. Mieux encore, la «Renaissance du café à Montréal» risque d’avoir des conséquences bénéfiques pour l’ensemble du milieu culinaire de la métropole québécoise.

Cette thèse peut sembler personnelle et je n’entends pas la proposer de façon dogmatique. Mais en me mêlant au milieu du café à Montréal, j’ai accumulé un certain nombre d’impressions qu’il me ferait plaisir de partager. Il y a même de la «pensée magique» dans tout ça en ce sens qu’il me semble plus facile de rebâtir la scène montréalaise du café si nous avons une idée assez juste de ce qui constitue la spécificité montréalaise.

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Microblogue d’événement

Version éditée d’un message que je viens d’envoyer à mon ami Martin Lessard.

Le contexte direct, c’est une discussion que nous avons eue au sujet de mon utilisation de Twitter, la principale plateforme de microblogue. Pendant un événement quelconque (conférence, réunion, etc.), j’utilise Twitter pour faire du blogue en temps réel, du liveblogue.

Contrairement à certains, je pense que l’utilisation du microblogue peut être adaptée aux besoins de chaque utilisateur. D’ailleurs, c’est un aspect de la technologie que je trouve admirable: la possibilité d’utiliser des outils pour d’autres usages que ceux pour lesquels ils ont été conçus. C’est là que la technologie au sens propre dépasse l’outil. Dans mon cours de culture matérielle, j’appelle ça “unintended uses”, concept tout simple qui a beaucoup d’implications en rapport aux liens sociaux dans la chaîne qui va de la conception et de la construction d’un outil jusqu’à son utilisation et son «impact» social.

Donc, mon message édité.
Je pense pas mal à cette question de tweets («messages» sur Twitter) considérés comme intempestifs. Alors je lance quelques idées.

Ça m’apporte pas mal, de bloguer en temps réel par l’entremise de Twitter. Vraiment, je vois ça comme prendre des notes en public. Faut dire que la prise de notes est une seconde nature, pour moi. C’est comme ça que je structure ma pensée. Surtout avec des “outliners” mais ça marche aussi en linéaire.

De ce côté, je fais un peu comme ces journalistes sur Twitter qui utilisent le microblogue comme carnet de notes. Andy Carvin est mon exemple préféré. Il tweete plus vite que moi et ses tweets sont aussi utiles qu’un article de journal. Ma démarche est plus proche de la «lecture active» et du sens critique, mais c’est un peu la même idée. Dans mon cas, ça me permet même de remplacer un billet de blogue par une série de tweets.

L’avantage de la prise de notes en temps réel s’est dévoilé entre autres lors d’une présentation de Johannes Fabian, anthropologue émérite qui était à Montréal pendant une semaine bien remplie, le mois dernier. Je livebloguais sa première présentation, sur Twitter. En face de moi, il y avait deux anthropologues de Concordia (Maximilian Forte et Owen Wiltshire) que je connais entre autres comme blogueurs. Les deux prenaient des notes et l’un d’entre eux enregistrait la séance. Dans mes tweets, j’ai essayé de ne pas trop résumer ce que Fabian disait mais je prenais des notes sur mes propres réactions, je faisais part de mes observations de l’auditoire et je réfléchissais à des implications des idées énoncées. Après la présentation, Maximilian me demandait si j’allais bloguer là-dessus. J’ai pu lui dire en toute franchise que c’était déjà fait. Et Owen, un de mes anciens étudiants qui travaille maintenant sur la publication académique et le blogue, a maintenant accès à mes notes complètes, avec “timeline”.
Puissante méthode de prise de notes!

L’avantage de l’aspect public c’est premièrement que je peux avoir des «commentaires» en temps réel. J’en ai pas autant que j’aimerais, mais ça reste ce que je cherche, les commentaires. Le microbloguage me donne plus de commentaires que mon blogue principal, ici même sur WordPress. Facebook me donne plus de commentaires que l’un ou l’autre, mais c’est une autre histoire.

Dans certains cas, le livebloguage donne lieu à une véritable conversation parallèle. Mon exemple préféré, c’est probablement cette interaction que j’ai eue avec John Milles à la fin de la session d’Isabelle Lopez, lors de PodCamp Montréal (#pcmtl08). On parlait de culture d’Internet et je proposais qu’il y avait «une» culture d’Internet (comme on peut dire qu’il y a «une» culture chrétienne, disons). Milles, qui ne me savait pas anthropologue, me fait alors un tweet à propos de la notion classique de culture pour les anthropologues (monolithique, spécifiée dans l’espace, intemporelle…). J’ai alors pu le diriger vers la «crise de la représentation» en anthropologie depuis 1986 avec Writing Culture de Clifford et Marcus. Il m’a par la suite envoyé des références de la littérature juridique.

Bien sûr, c’est l’idée du “backchannel” appliqué au ‘Net. Ça fonctionne de façon très efficace pour des événements comme SXSW et BarCamp puisque tout le monde tweete en même temps. Mais ça peut fonctionner pour d’autres événements, si la pratique devient plus commune.

More on this later.”

Je crois que le bloguage en temps réel lors d’événements augmente la visibilité de l’événement lui-même. Ça marcherait mieux si je mettais des “hashtags” à chaque tweet. (Les “hashtags” sont des étiquettes textuelles précédées de la notation ‘#’, qui permettent d’identifier des «messages»). Le problème, c’est que c’est pas vraiment pratique de taper des hashtags continuellement, du moins sur un iPod touch. De toutes façons, ce type de redondance semble peu utile.

More on this later.”

Évidemment, le fait de microbloguer autant augmente un peu ma propre visibilité. Ces temps-ci, je commence à penser à des façons de me «vendre». C’est un peu difficile pour moi parce que j’ai pas l’habitude de me vendre et que je vois l’humilité comme une vertu. Mais ça semble nécessaire et je me cherche des moyens de me vendre tout en restant moi-même. Twitter me permet de me mettre en valeur dans un contexte qui rend cette pratique tout à fait appropriée (selon moi).

D’ailleurs, j’ai commencé à utiliser Twitter comme méthode de réseautage, pendant que j’étais à Austin. C’était quelques jours avant SXSW et je voulais me faire connaître localement. D’ailleurs, je conserve certaines choses de cette époque, y compris des contacts sur Twitter.

Ma méthode était toute simple: je me suis mis à «suivre» tous ceux qui suivaient @BarCampAustin. Ça faisait un bon paquet et ça me permettait de voir ce qui se passait. D’ailleurs, ça m’a permis d’aller observer des événements organisés par du monde de SXSW comme Gary Vaynerchuk et Scott Beale. Pour un ethnographe, y’a rien comme voir Kevin Rose avec son «entourage» ou d’apprendre que Dr. Tiki est d’origine lavalloise. 😉

Dans les “features” du microbloguage que je trouve particulièrement intéressantes, il y a les notations en ‘@’ et en ‘#’. Ni l’une, ni l’autre n’est si pratique sur un iPod touch, du moins avec les applis qu’on a. Mais le concept de base est très intéressant. Le ‘@’ est un peu l’équivalent du ping ou trackback, pouvant servir à attirer l’attention de quelqu’un d’autre (cette notation permet les réponses directes à des messages). C’est assez puissant comme principe et ça aide beaucoup dans le livebloguage (Muriel Ide et Martin Lessard ont utilisé cette méthode pour me contacter pendant WebCom/-Camp).

More on this later.”

D’après moi, avec des geeks, cette pratique du microblogue d’événement s’intensifie. Il prend même une place prépondérante, donnant au microblogue ce statut que les journalistes ont tant de difficulté à saisir. Lorsqu’il se passe quelque-chose, le microblogue est là pour couvrir l’événement.

Ce qui m’amène à ce “later“. Tout simple, dans le fond. Des instances de microblogues pour des événements. Surtout pour des événements préparés à l’avance, mais ça peut être une structure ad hoc à la Ushahidi d’Erik Hersman.

Laconica d’Evan Prodromou est tout désigné pour remplir la fonction à laquelle je pense mais ça peut être sur n’importe quelle plateforme. J’aime bien Identi.ca, qui est la plus grande instance Laconica. Par contre, j’utilise plus facilement Twitter, entre autres parce qu’il y a des clients Twitter pour l’iPod touch (y compris avec localisation).

Imaginons une (anti-)conférence à la PodCamp. Le même principe s’applique aux événements en-ligne (du genre “WebConference”) mais les rencontres face-à-face ont justement des avantages grâce au microbloguage. Surtout si on pense à la “serendipity”, à l’utilisation de plusieurs canaux de communication (cognitivement moins coûteuse dans un contexte de coprésence), à la facilité des conversations en petits groupes et au «langage non-verbal».

Donc, chaque événement a une instance de microblogue. Ça coûte pratiquement rien à gérer et ça peut vraiment ajouter de la valeur à l’événement.

Chaque personne inscrite à l’événement a un compte de microblogue qui est spécifique à l’instance de cet événement (ou peut utiliser un compte Laconica d’une autre instance et s’inscrire sur la nouvelle instance). Par défaut, tout le monde «suit» tout le monde (tout le monde est incrit pour voir tous les messages). Sur chaque “nametag” de la conférence, l’identifiant de la personne apparaît. Chaque présentateur est aussi lié à son identifiant. Le profil de chaque utilisateur peut être calqué sur un autre profil ou créé spécifiquement pour l’événement. Les portraits photos sont privilégiés, mais les avatars sont aussi permis. Tout ce qui est envoyé à travers l’instance est archivé et catalogué. S’il y a des façons de spécifier des positions dans l’espace, de façon précise (peut-être même avec une RFID qu’on peut désactiver), ce positionnement est inscrit dans l’instance. Comme ça, on peut se retrouver plus facilement pour discuter en semi-privé. D’ailleurs, ça serait facile d’inclure une façon de prendre des rendez-vous ou de noter des détails de conversations, pour se remémorer le tout plus tard. De belles intégrations possibles avec Google Calendar, par exemple.

Comme la liste des membres de l’instance est limitée, on peut avoir une appli qui facilite les notations ‘@’. Recherche «incrémentale», carnet d’adresse, auto-complétion… Les @ des présentateurs sont sous-entendus lors des présentations, on n’a pas à taper leurs noms au complet pour les citer. Dans le cas de conversations à plusieurs, ça devient légèrement compliqué, mais on peut quand même avoir une liste courte si c’est un panel ou d’autres méthodes si c’est plus large. D’ailleurs, les modérateurs pourraient utiliser ça pour faire la liste d’attente des interventions. (Ça, c’est du bonbon! J’imagine ce que ça donnerait à L’Université autrement!)

Comme Evan Prodromou en parlait lors de PodCamp Montréal, il y a toute la question du “microcasting” qui prend de l’ampleur. Avec une instance de microblogue liée à un événement, on pourrait avoir de la distribution de fichiers à l’interne. Fichiers de présentation (Powerpoint ou autre), fichiers médias, liens, etc. Les présentateurs peuvent préparer le tout à l’avance et envoyer leurs trucs au moment opportun. À la rigueur, ça peut même remplacer certaines utilisations de Powerpoint!

Plutôt que de devoir taper des hashtags d’événements (#pcmtl08), on n’a qu’à envoyer ses messages sur l’instance spécifique. Ceux qui ne participent pas à l’événement ne sont pas inondés de messages inopportuns. Nul besoin d’arrêter de suivre quelqu’un qui participe à un tel événement (comme ç’a été le cas avec #pcmtl08).

Une fois l’événement terminé, on peut faire ce qu’on veut avec l’instance. On peut y revenir, par exemple pour consulter la liste complète des participants. On peut retravailler ses notes pour les transformer en billets et même rapports. Ou on peut tout mettre ça de côté.

Pour le reste, ça serait comme l’utilisation de Twitter lors de SXSWi (y compris le cas Lacy, que je trouve fascinant) ou autre événement geek typique. Dans certains cas, les gens envoient les tweets directement sur des écrans autour des présentateurs.

Avec une instance spécifique, les choses sont plus simple à gérer. En plus, peu de risques de voir l’instance tomber en panne, comme c’était souvent le cas avec Twitter, pendant une assez longue période.

C’est une série d’idées en l’air et je tiens pas au détail spécifique. Mais je crois qu’il y a un besoin réel et que ça aide à mettre plusieurs choses sur une même plateforme. D’ailleurs, j’y avais pas trop pensé mais ça peut avoir des effets intéressants pour la gestion de conférences, pour des rencontres en-ligne, pour la couverture médiatique d’événements d’actualités, etc. Certains pourraient même penser à des modèles d’affaire qui incluent le microblogue comme valeur ajoutée. (Différents types de comptes, possibilité d’assister gratuitement à des conférences sans compte sur l’instance…)

Qu’en pensez-vous?


Intello

C’est un billet un peu difficile à écrire, mais je crois que c’est important pour moi de le laisser sortir.

La difficulté provient du fait que mon ton va probablement sonner opiniâtre. Pire, je risque de froisser la sensibilité de certains. Et pour rendre les choses presque tragiques, je vais parler de façon négative de certains individus. C’est vraiment pas mon genre. Et il n’y a aucun jugement de valeur sur les personnes impliquées. Je pense à des comportements que je trouve quelque peu déplacés et je me sens un certain devoir d’honnêteté et de franchise, à ce sujet. Mais je sais déjà que ça peut paraître insultant.

Les personnes que j’ai choisies sont des «personnalités publiques», habituées à la brûlure de l’opinion publique. Si elles aboutissent sur ce billet, elles le concevront comme un de ces commentaires critiques mal digérés qu’elles ont l’habitude de recevoir, dans leur courrier des lecteurs. Je ne m’inquiète donc pas pour leurs réactions. Les gens qui apprécient ces personnes auront probablement avoir une réaction similaire à celle de leurs idoles. Elles n’auront sans doûte pas l’envie de revenir sur mon blogue, mais je cherche pas à me bâtir un lectorat extensif. Par contre, ce qui m’embête un peu, c’est que mes propos risquent de modifier un peu l’opinion de certaines personnes à mon égard. C’est un risque à prendre mais mes os ne sont pas de verre et le jeu en vaut la chandelle.

Mais avant d’accuser des gens, une mise en contexte.

Comme c’est probablement évident, je réfléchis ces temps-ci aux «intellectuels», à la perception de l’intelligence et à divers personnages sociaux. Le présent billet s’inscrit en continuité assez directe, dans mon esprit, avec trois billets que j’ai écrits au cours des deux derniers mois, dont deux en anglais et un en français.

Dans une certaine mesure, le présent billet me trottait dans la tête pendant que j’écrivais ces autres billets. Je peux entrer dans le vif du sujet: ce qu’est un «intello», selon moi.

Non, je n’utilise pas «intello» comme simple diminutif d’«intellectuel». Et ce n’est pas même une question de préciser des connotations négatives ou positives. Je parle de personnages sociaux distincts. Pour être le plus franc possible, je m’assume en tant qu’«intellectuel» mais je souhaite ardemment ne pas être un «intello». Pour moi, l’«intello» n’a de l’«intellectuel» que l’apparence et non la substance. En somme, l’intello est un «pseudo-intellectuel».

Vous me voyez probablement venir, mais je veux être précis. Je ne parle pas ici de «mauvais intellectuels» ou d’intellectuels que je juge comme inférieurs. Je parle de personne qui adoptent un comportement qui fait appel au personnage de l’intellectuel par pur désir de positionnement social. Bref, des imposteurs.

Le mot est fort mais il me semble d’autant plus approprié qu’il est utilisé pour désigner ce que les coachs de vie appellent «le syndrome de l’imposteur» (“impostor syndrome” ou “imposter syndrome”, en anglais). Je m’intéresse beaucoup à cette notion d’imposture parce que la plupart des descriptions qui en sont faites semblent correspondre très précisémment à quelque-chose que je ressentais de façon très forte jusqu’à tout récemment. D’ailleurs, c’est en passant à travers cette impression d’imposture que j’ai réussi à atteindre de nouveau la sérénité.

C’est quoi, ce «syndrome de l’imposteur»? Eh bien, déjà, c’est pas vraiment un «syndrome». C’est plutôt une façon de décrire un ensemble de phénomènes psychiques qui semblent affecter certaines personnes, surtout celles qui semblent réussir.

La base, c’est un sentiment que notre réussite n’est pas basée sur des capacités concrètes, liées à nos réussites, mais sur la chance, le charme ou une espèce d’inertie. «Si j’atteins ce niveau c’est parce que les gens m’assignent des qualités que je n’ai pas, parce que je suis bien tombé(e), ou parce que je suis simplement resté(e) assez longtemps dans cette position.» Les recherches originales sur ce phénomène, par Clance et Imes, portaient sur des «femmes qui réussissent» (“high achieving women“). Mais le même phénomène se produit chez des hommes.

Après avoir pu identifier ce phénomène chez moi, j’ai non seulement effectué certaines réflexions introspectives mais j’ai eu l’occasion d’en discuter avec plusieurs personnes. Les réactions varient passablement, d’une personne à l’autre. Une personne dont le parcours académique me semble le plus intéressant m’a récemment avoué avoir longtemps souffert de cette impression d’imposture (et je parle de quelqu’un avec beaucoup de prestige). Plusieurs autres personnes ont parlé de ce phénomène comme étant inévitable ou du moins très courant, surtout dans le milieu académique. D’autres encores ont eu une attitude somme toute assez condescendante à l’égard de celles et ceux qui sont affecté(e)s par cette impression d’imposture. Et plusieurs personnes, y compris des psychologues, m’ont permis de trouver une issue personnelle à la paralysie que cette impression semble provoquer.

Et c’est vraiment tout simple: les vrais imposteurs ne se posent pas la question s’ils sont ou non imposteurs.

Je sais pas si c’est une affirmation si valide. Mais cette simple idée m’a beaucoup aidé à comprendre que ce sentiment d’imposture était, du moins dans mon cas, basé sur des critères inappropriés.

Pour revenir à l’intello comme imposteur. D’après moi, l’intello est celui (ou celle, il y a certaines femmes comme ça) qui ne se pose pas de question par rapport à son imposture intellectuelle. Ça semble simpliste, comme définition. Mais, en contexte, ça fonctionne.

Et ça me fait penser à plusieurs représentations de cet intello. Peut-être ma préférée, c’est dans une chanson de Brel sur Les paumés du petit matin (version vidéo, à partir de 3:25). Mon interprétation des paroles de cette chanson tourne autour du fait que les personnages décrits sont des intellos, qui font semblant d’être des intellectuels. Le passage qui me semble le plus pertinent à cet égard:

Ils se racontent à minuit
Les poèmes qu’ils n’ont pas lus
Les romans qu’ils n’ont pas écrits
Les amours qu’ils n’ont pas vécues
Les vérités qui ne servent à rien

Tout de suite, je me mets à me poser toutes sortes de questions par rapport à mes propres agissements. «Ai-je fait ça, moi?» J’ai beau être sorti de l’impasse, j’ai encore certains réflexes. Et le fait est que j’ai déjà discuté de chacun de ces sujets sans en avoir d’expérience directe. Par contre, même si je suis honnête au sujet de mon expérience indirecte, je continue à me poser des questions. Selon mon interprétation de cette chanson de Brel, ceux qu’il décrivait n’étaient ni honnête ni porté à la remise en question.

Un passage, plus tôt dans la chanson, sonne comme une description très directe de ce que craignent ceux qui se croient imposteurs:

Elles elles ont l’arrogance
Des filles qui ont de la poitrine
Eux ils ont cette assurance
Des hommes dont on devine
Que le papa a eu de la chance

La différence, encore là, entre les vrais imposteurs et ceux qui craignent de l’être, c’est dans l’attitude: l’arrogance et l’assurance. Rien de mal avec l’assurance, c’est une attitude qui peut être révélatrice d’une saine estime de soi. Et l’arrogance n’est pas un crime. Mais ce genre d’attitude est la base même de ce que j’ai décrié dans des billets précédents.

Donc, contrairement à l’intellectuel, l’intello fait preuve d’arrogance ou d’assurance excessive. Ça semble clair. Mais est-ce suffisant?

Je sais pas. Surtout que j’ai acquis pas mal d’assurance, au cours des derniers mois, et mon attitude a balancé d’un côté moins humble, pendant un certain temps. C’était une des bases de mon billet sur l’égocentrisme. Je crois par contre être revenu à mon attitude usuelle qui, sans être excessivement humble, n’en est pas arrogante pour autant. Du moins, selon moi. Peut-être ai-je tort et je serais dans ce cas un intello. Soit. Mais, au moins, je réfléchis sérieusement à la question et si je m’assume en tant qu’intellectuel ce n’est pas pour m’affubler d’un titre mais bien pour accepter une étiquette qui m’a collé à la peau toute ma vie.

On revient finalement à ceux que j’accuse d’être des intellos. Et c’est la partie difficile de ce billet, malgré toutes mes précautions. Je n’ai pas encore décidé combien de personnes il me serait approprié de nommer, dans ce contexte. Mais je vais commencer avec deux. Je n’ajouterai pas de liens vers leurs profils parce que mon but n’est pas d’attirer leur attention. Tel que mentionné plus haut, j’ai pas non plus peur qu’elles puissent lire ce billet.

Donc, vous voulez des noms?

[Roulement de tambour…]

Richard Martineau et John C. Dvorak.

Voilà, c’est dit.

Bon, pour ceux qui me connaissent, c’est peut-être pas très surprenant. Et ce sont deux journalistes assez controversés, ce qui m’empêche de craindre de leur causer du tort. Mais, vraiment, je perçois ces deux personnages comme des intellos: des imposteurs de l’intellect.

Martineau me rend la tâche facile. Pour les Québécois francophones, surtout ceux qui connaissent beaucoup de vrais intellectuels, la preuve de l’imposture de Martineau est dans son comportement-même. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Richard Martineau peut être décrire comme un chroniqueur au style provocateur qui se prononce sur divers sujets d’actualités à travers diverses tribunes. En d’autres termes, c’est un de ces journaleux qui sont à la fois gueulards (Martineau s’est longtemps affublé du titre de «grande gueule») et susceptibles. C’est le type qui gueule, qui a des propos à l’emporte-pièce, qui se moque des gens et qui ne supporte pas la moindre petite critique, même justifiée et constructive.

Du moins, son personnage. Je parle pas vraiment de Richard Martineau lui-même, que je n’ai jamais rencontré. Je parle de sa persona, du masque social qu’il s’est créé. Tout comme ceux qui craignent d’être imposteurs, Martineau semble avoir des problèmes d’estime de soi. Mais contrairement à ceux qui parlent de souffrir de l’impression d’être des imposteurs, Martineau semble n’avoir s’assumer dans le personnage. Il raconte «des vérités qui ne servent à rien» en revendiquant le droit de le faire. Ce qui fait de lui un personnage désagréable mais qui n’implique rien sur sa personne. Si c’est un rôle qu’il joue, il le joue avec brio et je l’en félicite.

Mon choix de Martineau comme cible de l’étiquette d’«intello» n’est pas complètement anodin. Un des rares propos personnalisé et désobligeants (des «mots d’esprits» à la Ridicule) que j’ai vraiment apprécié, c’est cette phrase de Dany Laferrière:

Richard Martineau vit intellectuellement au-dessus de ses moyens, un jour, il va faire faillite.

Non seulement c’est bien trouvé, mais c’est une analyse pénétrante (“insightful”). C’est aussi très insultant.

Oui, je sais, il y a eu toute une polémique à ce sujet. Mais je n’essaie pas de m’immiscer dans cette polémique. D’ailleurs, c’est pour cette raison que je n’ajoute aucun lien vers les multiples billets de blogues traitant de cette polémique. Mais je crois que ça aide à cerner le concept d’intello: comme un frimeur qui s’achète une bagnole qu’il n’a pas les moyens de s’acheter, l’intello se rend propriétaire d’idées qu’il ne peut soutenir. Je sais pas pour vous, mais je trouve ça très parlant, comme concept. Et même si je trouve que le «Martineau le personnage» est un bon exemple de cette crise intellectuelle, je pense plutôt à des comportements dangereux.

Bon, ma deuxième cible, maintenant: John C. Dvorak. Il est probablement moins connu des Francophones que Martineau qui, lui-même, tient sa notoriété au «Paysage audiovisuel québécois». C’est donc une cible relativement peu risquée pour moi puisque ses fans sont surtout anglophones. Mais je connais personnellement des gens qui l’apprécient, y compris des gens qui liront peut-être ces lignes. Alors il y a quand même un certain risque.

Donc, qui est Dvorak? Pour simplifier, c’est un chroniqueur américain sur les nouvelles technologiques. Un type qui aime bien provoquer en tenant des propos frôlant l’absurdité. Il a parfois été assez explicite sur ses intentions: il provoque les gens pour attirer les lecteurs ou pour obtenir plus de traffic. Dans la logique journaleuse, c’est légitime, mais je crois que c’est aussi une marque d’imposture.

Tout comme avec Martineau, je ne parle pas de l’individu mais bien du personnage. J’ai rien contre Dvorak, que je ne connais pas personnellement. Je le trouve pas spécialement attachant mais j’imagine que j’aurais du plaisir à le rencontrer. Mais je trouve son comportement irrespectueux, méprisant, arrogant et, simplement, inapproprié.

Je pense surtout à ses apparitions sur la baladodiffusion de Leo Laporte, This Week in Tech (TWiT). Mais pas exclusivement. «Dvorak le personnage» est le même, peu importe le contexte. Du moins, c’est l’impression que j’en ai. Sa présence à TWiT est l’objet de discussions, parfois motivée par mes propres réactions. L’idée, c’est que comme Martineau, le personnage est controversé. Ce n’est pas une question de prendre position, pour moi. Mais d’établir un concept.

Comme Martineau, Dvorak est à la fois «grande gueule» et susceptible. Un peu comme Martineau avec Laferrière, Dvorak a eu des difficultés avec Jason Calacanis. Pourtant, Calacanis n’a pas été aussi désobligeant à l’égard de Dvorak que Laferrière a été à l’égard de Martineau. La différence tient peut-être au contexte linguistique (les Anglophones accordent moins d’importance aux «mots d’esprit») mais, aussi, je perçois Calacanis comme quelqu’un de très respectueux et un vrai humaniste. Toujours est-il que, selon ce que j’ai pu comprendre, Dvorak refuse de participer à TWiT si Calacanis est présent. Je crois que le contraire n’est pas vrai: Calacanis semble n’avoir aucune animosité par rapport à Dvorak. Tout au plus, Calacanis s’amuse parfois à imiter Dvorak, ce que Dvorak lui-même fait à l’occasion.

Dvorak est un bougon. C’est un peu le «schtroumpf grognon» de l’actualité technologique. Il participe à une émission intitulée Cranky Geeks, et le terme “cranky” correspond plus ou moins à «irritable» en français. En d’autres termes, il a un «mauvais caractère». Mais cette dimension du personnage n’a que peu d’importance, pour moi, même si c’est un peu la cible de mon billet sur les “curmudgeons”. C’est une attitude que je trouve désagréable et j’ai de la difficulté à lui trouver une valeur positive. Mais je peux accepter cette attitude.

Tant qu’elle n’est pas méprisante.

Selon moi, Dvorak est méprisant et imbu de lui-même. Bien au-delà du style conversationnel à haut engagement (“high involvement style”) dans lequel la parole de l’un peut chevaucher avec la parole de l’autre, John C. Dvorak s’accapare les tours de parole d’une façon si agressive qu’il m’est difficile de croire qu’il ne se prend pas pour l’analyste le plus fin de l’assemblée. Et s’il prétend ramener les intervenants à l’ordre, lors de This Week in Tech, c’est souvent lui qui fait dévier la conversation sur les sujets les plus tangentiels. Oh, j’aime bien les tangentes. Mais la façon dont Dvorak impose ces tangentes me semble littéralement malhonnête.

Et pour revenir au statut d’intello. Dvorak a probablement une intelligence tout à fait raisonnable, selon notre définition de l’intelligence. Je n’ai pas l’impression qu’il manque d’intelligence. Mais, comme Martineau, j’ai l’impression que le personnage comporte une surévaluation de l’intelligence du bonhomme. Dans le cas de Dvorak, c’est surtout une question de faire des prédictions (à l’emporte-pièce), ce qui est parfois considéré comme glorieux quand elles se réalisent (et peut-être pas si désastreux quand elles ne se réalisent pas). Comme Dvorak a fait à peu près n’importe quelle prédiction possible, il devient difficile de le prendre au sérieux. Pas que c’est si important, selon moi, d’être pris au sérieux. Mais, bon, puisque Dvorak parle régulièrement de tout ce qu’il a déjà dit, le personnage donne l’impression que le sérieux est important dans son cas.

Comme avec Martineau, je ne me préoccupe pas tellement de l’individu. Je pense au personnage dans un contexte presque allégorique. Dvorak représente une abstraction de l’intello, celui qui énonce sans écouter. Dvorak est d’ailleurs si insultant et méprisant que le fait de le mettre en parallèle avec Martineau semble insultant pour Martineau. Mais, ça, c’est un personnage.

Un personnage d’intellectuel qui est usurpé par un intello. C’est pas un crime, mais ça mérite un billet.

Et maintenant que je l’écris, ça va me faire plaisir de le publier, sans même le relire, ce billet. C’est exaltant de pouvoir s’exprimer de la sorte.

Bien entendu, je m’attends à recevoir toutes sortes de commentaires désobligeants. Mais je peux vivre avec ça. Encore une fois, mes os ne sont pas de verre.

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Ce que mes amis sont devenus

Quelques anciens de Notre-Dame-de-PontmainOn a bien vieilli!

Quelques anciens de Notre-Dame-de-Pontmain

C’est-tu pas une belle gang, ça? Nous étions quelques anciens de l’école primaire Notre-Dame-de-Pontmain de Laval à bruncher ensemble en ce dimanche, 26 octobre 2008. Une journée à marquer d’une pierre blanche.

via Facebook | Photos de Notre-Dame-de-Pontmain

Il y a quelque-chose de profond dans le fait de revoir des amis d’enfance. Vraiment. C’est un peu difficile à verbaliser, mais ça se comprend bien.

Il y a un peu plus d’un an, je me demandais ce que mes amis étaient devenus. Je cherchais alors à contacter quelques personnes pour les inviter à mon anniversaire de mariage. C’est d’ailleurs en préparant cet anniversaire que j’ai parcouru des réseaux d’anciens. Suite à cet anniversaire, j’ai manifesté ma fierté d’avoir des amis si fascinants. Aujourd’hui, je souhaite de nouveau célébrer l’amitié.

Pour un papillon social, c’est pas très surprenant. J’aime entrer en contact avec les gens, que je les aie connus plus tôt ou non. Que voulez-vous, j’aime le monde. Tel que mentionné dans un billet précédent, je me suis autrefois senti ostracisé. Je sais pas s’il y a une causalité entre mon identité comme papillon social et mon enfance, mais je trouve que c’est un pattern intéressant: le type porté vers les autres, qui passe une enfance plutôt solitaire, devient un papillon social à l’âge adulte. L’image de la «chenille sociale» est assez forte aussi!

Outre la publication de cette photo, ce qui me motive à écrire ce billet c’est Facebook. Si si! Parce que ce petit groupe d’anciens poursuit la discussion. Parce qu’on se «retrouve», dans un sens très profond, grâce à Facebook. Et parce que j’ai revisité ma liste d’amis sur Facebook et je suis encore plus fier.

Voyez-vous, je créais une «liste d’amis» sur Facebook, pour ces anciens du primaire. Cette fonction de liste d’amis sur Facebook est un peu limitée mais elle peut être utile si, comme tout semble l’indiquer, notre groupe d’anciens décide d’organiser d’autres événements. Pour organiser le brunch, j’ai fait parvenir une invitation à tous les membres du groupe Facebook des anciens de notre école alors que j’aurais mieux fait de cibler ceux de ma «cohorte». C’est un petit détail pratique, mais ça m’a permis de réfléchir.

Parce qu’en créant cette liste d’amis, je me suis rendu compte à quel point j’ai une idée assez précise de ce qui me lie à chacun de mes contacts sur Facebook. Dans ce cas-ci, j’ai rapidement pu sélectionner ceux que j’ai rencontrés au primaire, ceux que j’ai connus au secondaire et ceux avec qui je suis allé au Cégep. Parmi les autres, il y a des blogueurs, des musiciens, des spécialistes de la bière et/ou du café, des collègues du milieu académique, quelques amis de mes amis, quelques anciens étudiants et quelques personnes qui ont manifesté un intérêt spécifique à mon égard. Pour le reste, ce sont des gens que j’ai rencontré en-ligne ou hors-ligne, généralement dans un contexte spécifique. Sur 471 contacts que j’ai sur Facebook à l’heure actuelle, moins d’une trentaine (27, pour être précis) que je n’étais pas en mesure d’identifier immédiatement. Parmi eux, peut-être trois ou quatre par rapport auxquels persiste une certaine ambiguïté. Et plusieurs personnes qui font partie de mon réseau direct mais que je n’ai pas rencontré très directement. En d’autres termes, des gens avec qui j’ai des liens moins étroits mais dont la présence dans mon réseau social est «pleine de sens», surtout si on pense aux fameux «liens faibles» (“weak ties”). D’ailleurs, ces liens faibles constituent une part importante de ce que j’ai tendance à appeler «l’effet du papillon social», par référence à l’effet papillon d’Edward Lorenz. Pour mémoire (selon TF1):

Prévisibilité : est-ce que le battement des ailes d’un papillon au Brésil peut déclencher une tornade au Texas?

Enfin… J’inclue surtout cette citation pour conserver quelques notes au sujet de cet effet. C’est une sorte de digression assez égoïste.

Toujours est-il que… Nous disions donc… Ah… Oui!

«Retrouver» mes amis, mes connaissances, mes liens, ça fait battre mes ailes de papillon social.

Flap flap!